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Extraits à venir sur Eclairages




Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

La belle et la bête, de Jean Cocteau

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Les amoureux sont seuls au monde, avec Louis Jouvet

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le désordre et la nuit, avec Jean Gabin

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chien des Baskerville, avec Basil Rathbone

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Spartacus à La harpe de Birmanie

De Spartacus à La harpe de Birmanie


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Nosferatu; Metropolis; Les mains d'Orlac; Le chevalier à la rose; Le cabinet du docteur Caligari; Jésus-Christ un poème mystique; Les aventures du prince Ahmed; Hasta despues de muerta; Labeur; Ben-Hur; et Germinal en ciné-concerts; On achève bien les chevaux; une nouvelle copie des Nibelungen, teintée ?; Casablanca; un cycle Hitchcock; La mère; L'homme qui tua Liberty Valance; ou encore des hommages à Kurosawa.

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Eclairages, bibliothèque en ligne



Eclairages possède certainement l'une des collections les plus intéressantes pour ce qui concerne le cinéma (1). Certains de nos documents ont près d'un siècle (2). Le plus souvent en bon état, ils peuvent parfois, cependant, être relativement usés. Il est d'autant plus urgent de les préserver, tout du moins d'en garder une trace. Aussi avons-nous décidé de les numériser intégralement. Ils seront publiés progressivement (3).

(1) ce thème n'étant qu'une partie infime de notre caverne d'Ali Baba, laquelle comprend aussi toutes sortes de revues et livres anciens ne portant pas sur le septième art, de même que des tableaux, dessins et gravures.
(2) Au jour où nous écrivons, le plus vieux date de 1912. Nous possédons également des films sur leurs supports d'origine et étudions la possibilité de les mettre en ligne.
(3) Nous n'accepterons pas que l'on nous vole notre travail : toute personne a le droit de citer les articles publiés sur Eclairages, avec le nom de son créateur. Par contre, les gens qui copieront nos études ou reproduiront nos documents seront traînés en correctionnelle.


Clouzot le révolté

Le révolté (1938) de Léon Mathot, est, certes, un navet. Toutefois, on y reconnaît la griffe de Clouzot, qui a signé l'adaptation, le scénario et les dialogues.

Attention : si vous n'avez pas vu L'assassin habite au 21, ne lisez pas cette étude. Car nous y révélons la clé de l'énigme.





Résumé

Clouzot a signé l'adaptation, le scénario et les dialogues du film Le révolté

Le révolté (1938), de Léon Mathot (1886/1968).
Adaptation, scénario et dialogues : Henri-Georges Clouzot (1907/1977).
D'après un roman de Maurice Larrouy.

Avec :

René Dary (1905/1974) : Pimaï

Fernand Charpin (1887/1944) : le père de Pimaï

Katia Lova (1914/1994) : Marie-Luce

Pierre Renoir (1885/1952) : Yorritz, commandant du Fureteur

Jean Buquet (1926/?) : Jacques, le fils de Yorritz

Marcelle Géniat (1881/1959) : la mère de Yorritz, grand-mère de Jacques

Aimé Clariond (1894/1960) : Derive


La première scène se situe dans une gare. L'un des employés, Pimaï, pose des problèmes. D'ailleurs, il est convoqué par le chef. Son père assiste à l'entretien. Eu égard aux états de service dudit père, Pimaï n'est pas renvoyé. Mais on lui fait savoir qu'il sera surveillé de près. Sortis du bureau, le papa et le fils se disputent; car le second s'est empressé de commettre une nouvelle bêtise. Pimaï annonce qu'il quitte cet emploi, et son père par la même occasion. Celui-ci déclare que, si Pimaï part, ce ne sera pas la peine de venir, un jour, quémander du pain, parce qu'on le lui refusera. Pimaï rétorque qu'il n'a besoin de personne, qu'il fera son chemin tout seul.
Nous voici maintenant dans un café. Un individu peu recommandable maltraite une serveuse. Pimaï envoie valdinguer le bonhomme. Avant que celui-ci ne réagisse, des matelots le malmènent : l'un le gifle, l'autre le bouscule etc. C'est qu'il a tenté de séduire une jeune fille de leurs amis (c'est un proxénète). Pimaï trinque avec eux. Mais, voilà qu'il leur reproche d'être des moutons; de se plier à la discipline; d'obéir, comme des enfants, à leurs supérieurs. Lui, affirme-t-il, il leur en ferait voir. Les autres répondent que c'est du blabla; qu'il n'a qu'à s'enrôler, afin que l'on évalue un peu ce dont il est capable. La scène se termine par des Engage-toi lancés par les matelots; tandis que Pimaï crie J'm'engagerai.
Un jour, les marins ont la surprise de reconnaître Pimaï, lequel embarque sur leur navire, le Fureteur; il s'est bel et bien enrôlé. Tout en installant ses effets, il se vante que les officiers ne lui en imposeront pas; qu'il mettra les choses au point et n'en fera qu'à sa tête. Arrive le commandant Yorritz. Une joute oratoire oppose les deux hommes. Pimaï arbore sa poitrine : il y a fait tatouer Ni Dieu ni maître. Yorritz fait appeler un soldat. Ce dernier s'est fait tatouer un dessin de femme sur le bras. Le commandant affecte de valoriser cette marque au détriment de celle dont Pimaï semble si fier; il lance au révolté quelque chose comme : Ne montrez jamais votre tatouage à vos camarades; ils se moqueraient de vous.
Pimaï n'aura de cesse de jouer les indépendants, recourant à des provocations qui s'apparentent à des gamineries. Ainsi, un soir, il monte la garde en pantoufles. Yorritz lui ayant ordonné d'enfiler ses chaussures, il fait les cent pas en frappant lourdement le sol; ce qui empêche le commandant et son aide de dormir.
Toutefois, Pimaï va de plus en plus loin. Ainsi pousse-t-il ses collègues à une sorte de grève. Plus grave : jadis porté sur l'alcool, un matelot a juré à Yorritz de ne plus boire. Jusqu'ici, il a respecté son serment. Pimaï l'incite à le violer et lui fait avaler de la gnaule. Résultat : l'homme, ivre, expédie malencontreusement une torpille sur un canot de pêche. L'un des pêcheurs ne s'en remettra peut-être pas. Le matelot qui a commis la faute, s'obstine à ne pas compromettre Pimaï. Lequel s'abstient de se dénoncer; ce qui amène l'équipage à le boycotter.
Parallèlement, Pimaï tente de séduire une demoiselle, Marie-Luce, qui tient un magasin d'accessoires pour marins sur le port. Elle est courtisée, par ailleurs, par quatre soldats du Fureteur, qui voudraient sérieusement l'épouser. Quand Pimaï, lui, n'aspire qu'à s'amuser, au besoin en la déshonorant.
Après l'épisode de la torpille, Pimaï décide de déserter. Il s'introduit dans le magasin de Marie-Luce pour y dérober un costume civil. Elle le surprend. Elle le supplie de retourner sur le Fureteur. Il cède : il vient de s'apercevoir qu'il aime la jeune femme.
Outre son amour pour elle, deux événements vont achever de le faire basculer du bon côté.
En ville, le fils du commandant est malade. On craint une diphtérie. Marie-Luce envoie Pimaï chercher des antibiotiques. Pimaï déboule devant la pharmacie juste après que le propriétaire l'eut fermée et fut parti en auto. Pimaï emprunte une voiture et rattrape le pharmacien. C'est grâce aux médicaments qu'il rapporte, que le garçon de Yorritz est guéri.
Et puis, un jour, le Fureteur repère un cargo suspect. Quatre marins, dont un capitaine et Pimaï, sont chargés de l'investir. Il s'avère qu'il transporte des armes en contrebande; et qu'il est entre les mains de trois bandits. Ceux-ci complotent de tuer les soldats du Fureteur pour s'échapper. Un premier matelot est trucidé. Pimaï est laissé à la garde de l'un des forcenés, tandis que les autres pirates se chargent d'éliminer les deux coéquipiers restants du Fureteur. Pimaï réussit à les avertir. Il est attaqué par son gardien, qui l'étrangle. Mais, sur le pont, les militaires ont pris le dessus; ils accourent pour sauver leur camarade.
Voici Pimaï au lit, à l'hôpital. Il est entouré de Marie-Luce - avec laquelle il va se marier -, de son père et d'un marin du Fureteur. On lui apprend que Yorritz est affecté sur un autre bâtiment et qu'une cérémonie d'adieu est prévue sur le Fureteur. Malgré l'interdiction de l'infirmier, Pimaï jure d'y assister.
La dernière scène est celle de la cérémonie. Le commandant prononce un discours devant ses subordonnés alignés au garde-à-vous. Il dit quelque chose comme Nous aimons tous notre pays. Pimaï arrive et se place en bout de file. Yorritz le choisit pour une accolade par laquelle, explique-t-il, il embrasse tous ses enfants. Cependant, toujours convalescent, Pimaï défaille. Maintenant assis à côté de Yorritz, celui-ci remarque que l'ex-révolté a effacé son tatouage Ni Dieu ni maître. Pimaï clame : S'il y avait plus d'hommes comme vous, il y aurait moins d'hommes comme moi.
Le commandant quitte le navire à bord d'un petit bateau qui s'en éloigne, ultimes images du film.





Analyse


S'il est révolté, Pimaï est aussi un impie. Son nom, anagramme d' impï a, l'exprime :
Pimaï ---> p i m a ï ---> i p m a ï ---> i m p a ï ---> i m p ï a ---> impï a.
Le ï évoquant, quant à lui, celui de païen.
L'impie (ou le païen, lorsqu'on utilise ce mot comme synonyme du premier) est celui qui méconnaît ou méprise ses devoirs envers les parents, la patrie ... ou Dieu. Selon le Littré, il est celui qui s'élève contre la Divinité. D'ailleurs, Yorritz, le commandant du Fureteur, ne taxe-t-il pas Pimaï d'orgueil ? Ici, le vocable est à prendre dans son sens religieux : vague défi au Seigneur.


Ni Dieu ni maître


Dès les premières minutes du film, notre jeune homme se comporte irrespectueusement envers son père. La piété filiale, il ne connaît pas.
Pas plus que n'est son fort la piété patriotique.
Surtout, il a fait tatouer sur sa poitrine Ni Dieu ni maître. Ce tatouage achève de l'apparenter à un véritable Antéchrist (1. D'autant qu'il constitue une sorte d'imitation parodique et blasphématoire des stigmates du Christ. C'est si vrai qu'à la fin, lorsque Pimaï s'amende, il efface cette marque; ce qui évoque la disparition des stigmates, renvoyant à la victoire sur le Mal. Une autre preuve que ce tatouage est un signe mauvais : à la fin, l'ayant vu, les trois pirates pensent pouvoir identifier Pimaï comme un des leurs.
En tant qu'impie, Pimaï est l'ancêtre de personnages que l'on trouve dans L'assassin habite au 21 (1942) ou Le corbeau (1943), de Henri-Georges Clouzot (1907/1977); ainsi que de Gernicot dans Le dernier des six (1941), de Georges Lacombe (1902/1990), dont Clouzot a signé l'adaptation, le scénario et les dialogues.
Dans le premier film, l'inspecteur Wens ne dit-il pas du meurtrier inconnu qu'il est damné (2 ?


Le dernier des six, film de Georges Lacombe, d'après un livre policier de Steeman

Quant au roman Six hommes morts, la lutte entre Wens et le mystérieux tueur y est un combat entre Dieu et Satan. Steeman écrit que le juge d'instruction savait Wens profondément croyant (chapitre 17, M. Wens émet une hypothèse). Effectivement, voici en quels termes Wens présente le coupable :" démon du mal (...) une âme perdue (...) songez à son infernale audace ! (...)" (chapitre 25, La parole est à M. Wens).
Or, le criminel de Six hommes morts et Pimaï portent tous deux un tatouage sur leur poitrine (3. On a signalé celui de Pimaï. Gernicot, lui, s'est fait tatouer un cryptogramme qui s'apparente à une formule démoniaque : CYI.II2^AS.0+II3-4 (chapitre 5, Verres fumés, barbe rousse). Cette équation, il se l'est fait inscrire après l'avoir vue sur les pectoraux d'un garçon qui, comme Pimaï, est matelot. Ce matelot et Gernicot se sont également fait tatouer : A Frida pour la vie. Cette phrase dessine une sorte de guirlande, exactement comme le Ni Dieu ni maître de Pimaï (4. A croire que le Clouzot du Révolté était déjà lui-même marqué (si l'on ose dire) par le polar de Steeman (5.


Le tentateur


Une âme damnée, voilà précisément ce qu'est Pimaï pour l'un des soldats du Fureteur. Ce militaire buvait, autrefois. Il a juré au commandant de ne plus toucher à l'alcool. Et il tient parole. Jusqu'à ce que Pimaï le pousse à s'enivrer avec de la gnaule. Cela amène un drame : soûl, le bonhomme envoie une torpille; laquelle atteint un canot de pêche. L'un des pêcheurs ne s'en remettra peut-être pas.

Jouer avec le feu, jusqu'à provoquer une tragédie; entraîner les autres dans ses folies; c'est ce à quoi s'égaie aussi, mais de façon plus radicale, le déséquilibré du Corbeau. Lui cause le suicide d'un malade à qui il apprend sa condamnation. Lui force sa propre épouse à rédiger des lettres anonymes.

Pimaï assume également le rôle de tentateur auprès de Marie-Luce.
Autant le nom Pimaï exprime l'impiété, autant le prénom Marie-Luce manifeste que la jeune femme incarne le Bien. Marie renvoie à la Vierge Marie. Il désigne la pureté. D'ailleurs, il est précisé que c'est une jeune fille; c'est-à-dire qu'elle est encore chaste, vierge. Quant à Luce, il se réfère au latin lux = lumière. En somme, Marie-Luce est un ange. Pour preuve : elle porte en médaillon une petite croix de Jésus. Pimaï veut séduire cet ange, le faire chuter. Il fait croire à la demoiselle qu'il éprouve de vrais sentiments pour elle; alors qu'il ne cherche qu'à s'amuser (coucher avec elle). Toutefois, son attitude dépasse le simple désir superficiel qu'un homme peut éprouver pour une femme. En s'en prenant à une sainte, il s'attaque à Dieu. La scène de la clé l'illustre parfaitement. Marie-Luce déclare qu'elle donnera la clé (et offrira son coeur) à celui qui saura la convaincre en décrivant ce que l'amour représente pour lui. Aucun des quatre candidats ne se montre bien persuasif ou lyrique. Survient Pimaï. Il répète des phrases qu'un autre matelot lui a dites précédemment, et dont Pimaï a ri; car, ces idées, il n'y croit pas et il les méprise. Cependant, le voici donc qui les redit à Marie-Luce, comme s'il en était sincèrement pénétré : " une femme avec qui on se marie; avoir des enfants; et Dieu par-dessus tout ça. C'est pas ça, l'amour ?" ! Il n'omet surtout pas de rajouter ce "Dieu par-dessus tout ça" parce qu'il a repéré la croix que porte Marie-Luce. Après avoir débité son discours, il lance un clin d'oeil aux autres garçons. Nous sommes bien ici, non pas en présence d'une banale entreprise de dragueur au bobard facile, mais d'une infernale tentative de séduction d'un ange, perpétrée par un véritable démon. La façon ironique dont notre tentateur lorgne la croix arborée par Marie-Luce, ne laisse aucun doute quant au caractère diabolique de cet attentat. Ce crime est d'autant plus satanique que la profession de foi prononcée par Pimaï, est celle qu'il a entendue dans la bouche de l'équipier que, plus tard, il poussera à boire de l'alcool, ce qui déclenchera une catastrophe.

Ces nuisances délibérées rappellent encore le personnage malsain du Corbeau; lequel va jusqu'à perturber une cérémonie religieuse en balançant des lettres anonymes en pleine église.


Une révolte contagieuse

Dans Le corbeau, de Clouzot, le mauvais exemple est contagieux

Le mauvais esprit (ou l'esprit mauvais) de Pimaï, tend à gagner ses collègues. Son exemple est contagieux. L'officier supérieur, Derive, le fait remarquer à Yorritz : tout l'équipage est menacé, jusqu'aux meilleurs. C'est une nouvelle ressemblance avec Le corbeau. Là, au début, une seule personne écrit et diffuse des lettres anonymes. Mais, bientôt, la folie gagne et maints citoyens se sentent comme autorisés à y aller de leur petit message anonyme et diffamatoire.


Les génies du Mal


Si Derive se fait alarmiste, Yorritz se veut rassurant. Il ne pense pas que Pimaï soit irrécupérable. En attendant, il est curieux que, pour dévaloriser la devise Ni Dieu ni maître tatouée sur la poitrine du révolté, il affecte de ne pas se placer sur le terrain du Bien et du Mal, mais sur celui de l'art. Ce qui conduira Pimaï à déclarer que, lors de son explication avec le commandant, il a été question d'esthétique (là où l'on aurait attendu un sermon sur l'éthique). En effet, Yorritz fait appeler un autre marin. Il désigne le tatouage que celui-ci porte au bras : le dessin d'une femme. Il lance quelque chose comme : "ça, c'est de l'art ! Admirez les détails. Alors que vous, Pimaï, votre tatouage est plein de bavures; ce n'est pas du travail. Ne le montrez jamais à vos camarades; ils se moqueraient de vous etc". Ce persiflage sur le plan esthétique annonce le discours que tient l'inspecteur Wens à la fin du film L'assassin habite au 21. Les tueurs le séquestrent sur un terrain vague; ils vont l'exécuter. Alors, il affecte de célébrer leurs mérites. Il s'extasie devant l'idée qu'ils ont eue de s'associer; et devant la ruse qui consiste à se répartir les meurtres. Il les qualifie d'artistes ou d'esthètes du crime; à l'en croire, ce seraient littéralement des génies. Bref, autant le commandant du Fureteur se veut méprisant envers le mauvais goût dont Pimaï ferait preuve, autant Wens se veut admiratif devant les maîtres que seraient ses adversaires.


Les pactes diaboliques

Dans l'assassin habite au 21, de Clouzot, les criminels ont fait croire à l'existence d'un meurtrier unique

A Pimaï qui multiplie les : "je ... vous ... je", Yorritz rétorque aussi à peu près la chose suivante : " Ici, il n'y a ni je ni vous. Il n'y a que nous". C'est mettre l'accent sur l'individualisme de Pimaï. Son engagement dans la marine aurait dû être l'engagement de la servir loyalement. Mais, pour lui, c'est surtout une convention avec sa propre personne, un défi par lequel il se fait fort de semer le trouble, et, plus profondément, de causer du mal. En un mot, c'est un pacte diabolique. Ce qui assimile cette convention à l'association criminelle de L'assassin habite au 21; association dont les buts et les moyens sont proprement démoniaques.
Toutefois, les deux oeuvres présentent des évolutions exactement inverses. Les complices de L'assassin habite au 21 sont d'abord assez en phase pour que leur manoeuvre fonctionne. Mais, à la fin, c'est précisément parce qu'ils se désolidarisent qu'ils se font arrêter : Wens leur demande à qui doit être attribuée l'idée d'occulter le groupe en signant les forfaits d'un pseudonyme unique, monsieur Durand. C'est tenter de disloquer le trio au profit des individualités. Et cela marche : chacun de ces messieurs, voulant tirer la couverture à lui, y va de son je ... c'est moi ... je .... Le je a eu raison du nous. Pimaï, lui, au commencement, ne connaît que le je. Insensiblement, il apprendra le nous et s'intègrera à l'équipage. Le nous aura raison du je.


Des êtres à métamorphoses


Car, petit à petit, le bon côté de Pimaï prend l'ascendant sur le mauvais, jusqu'à le chasser complètement.
Le changement, en bien ou en mal, est fréquent chez Clouzot. Par exemple, au début du Corbeau, le médecin est un homme qui a déjà changé. Jadis, c'était un grand neurologue, connu. A la suite d'un drame, il s'est fait simple généraliste dans une petite ville. Il a même pris un nouveau nom. Les événements qui secouent la cité - lettres anonymes, suicide etc - vont maintenant bousculer toutes ses certitudes; c'est-à-dire provoquer une nouvelle évolution.
Quant à Pimaï, sa transformation définitive s'opère lorsque le Fureteur arraisonne un navire où se trouvent trois durs à cuire. Ces derniers poussent Pimaï à trahir ses collègues. Pimaï est donc confronté à un choix : opter pour le Fureteur (le Bien), ou pour les gangsters (le Mal). Il préfère la première solution.


Le tricéphale


Au demeurant, les trois bandits ne peuvent pas ne pas faire penser aux trois larrons de L'assassin habite au 21. D'autant que, comme eux, ils utilisent trois genres différents d'instruments de mort :

l'un étrangle Pimaï de ses mains / Colin garrotte avec un lacet

il semble que l'autre pirate étripe le matelot du Fureteur avec un couteau / Linz se sert d'une canne-épée et le professeur Lalah-Poor d'un grand coutelas

les hors-la-loi ont également recours au pistolet / Lalah-Poor ne dédaigne pas les armes à feu.

La manière même dont nos caïds placent Pimaï sous surveillance, préfigure celle dont, à la fin de L'assassin habite au 21, les trois acolytes séquestrent Wens sur un terrain vague.

Enfin, la façon dont Pimaï trompe la vigilance de son gardien, annonce celle dont Wens tente d'échapper à ses adversaires. Tous deux obtiennent une aide extérieure. Pimaï fait mine de chanter innocemment avec son geôlier; mais, parallèlement, il prévient ses coéquipiers via un cornet acoustique. Wens jacte tout en cherchant une issue pour fuir; puis, il fait parler ses ennemis en espérant que les secours auront le temps d'arriver : car, afin que la police sache où on l'a emmené, il a semé des cartes sur le chemin qui va de la pension au terrain vague.


Effacer la tache

L'assassin habite au 21 : comme dans Le révolté ou Le corbeau, il s'agit d'effacer la tache

Finalement, Pimaï et son gardien de couleur se bagarrent. Les torses nus des deux hommes accentuent encore le contraste entre blanc et noir : c'est bien une lutte entre le Bien et le Mal, entre Dieu et Satan. D'ailleurs, de leur copain noir, les autres voyous n'ont-ils pas dit une chose typiquement "clouzienne" : Il tue comme il chante ? On songe à ce que déclare Colin à la fin de L'assassin habite au 21 : un lacet qui peut devenir un redoutable noeud coulant. De fait, lorsque l'individu fredonne son air de jazz, il paraît tout à fait sympathique; ce qui ne l'empêche pas de se jeter sur Pimaï pour l'étouffer.

Apparemment, c'est lors de cette bagarre que le tatouage de Pimaï commence à s'estomper. Signe que le garçon n'est plus un impie. Il ne lui restera plus, en conclusion, qu'à effacer lui-même ce Ni Dieu ni maître dont il était si fier naguère.
Cet effacement rappelle le médecin du Corbeau : tout au début, il se lave les mains pour se purger d'un crime qui les a souillées : lors d'un accouchement, ne pouvant sauver et la mère et l'enfant, il a dû choisir. Autrement dit, il a été obligé de sacrifier un être humain. Cela fait encore écho à la jeune femme qui, à la fin du film, a les doigts tachés d'encre (comme Pimaï la poitrine marquée de l'encre du tatouage) : taches qui permettent au médecin de comprendre qu'elle vient de rédiger une lettre anonyme. Tout comme, dans L'assassin habite au 21, Wens conclut à la culpabilité d'un bonhomme à cause de ses pieds sales. Dans tous ces cas, la noirceur d'âme est censée se révéler par une noirceur matérielle (traces d'encre, tatouage, pieds malpropres). Noirceur matérielle dont il s'agirait de se débarrasser pour manifester - ou feindre - la rédemption.


La fin de Satan ?


Au bout du compte, Pimaï s'est pris à son propre jeu. Il s'était engagé pour créer le désordre et propager le Mal. Mais il finit par rentrer dans le rang. Son bon côté l'emporte sur le mauvais (6. Il a rencontré l'amour et a décidé de se marier. Il s'est rabiboché avec son père. Et, tout l'implique, avec la religion : on voit difficilement Marie-Luce acceptant une simple cérémonie civile. En un mot comme en cent, Pimaï a été sauvé - ou récupéré - et le Bien triomphe. Le révolté présente ainsi une affinité avec Les visiteurs du soir (1942), de Marcel Carné (1909/1996). Là, deux envoyés du diable doivent séduire de purs amoureux. Le hic est que l'un d'eux tombera lui-même amoureux de celle qui devait être sa victime; transgressant les ordres de son patron, Satan. Par contre, la réformation de Pimaï ne sera confirmée ni par L'assassin habite au 21 ni par Le corbeau. Dans la première oeuvre, les démoniaques associés seront, certes, vaincus; mais rien n'indique qu'ils regrettent ou renient quoi que ce soit. De même dans la seconde oeuvre, où il faudra tuer l'hydre pour espérer qu'elle ne renaisse pas. C'est dire que, lorsque Clouzot mettra lui-même en scène ses scénarios, ses agents du Mal seront autrement plus terrifiants que Pimaï.




Hédy Sellami, eclairages.com.fr


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Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.













Yasujiro Shimazu à Paris



Le réalisateur est au programme à la Maison de la culture du Japon, du 6 au 16 octobre 2010.

Une découverte, car il est très peu connu en France.

Par ailleurs, du 9 au 18 septembre 2010, le centre culturel organise une intégrale Kohei Oguri. Le cinéaste devrait être présent.


Ciné-concerts prometteurs à Lyon

Ciné-concerts prometteurs à Lyon


L'auditorium de l'Orchestre national de Lyon propose plusieurs ciné-concerts alléchants.


Mercredi 17 et jeudi 18 novembre 2010 à 20h30 : Alexandre Nevski, d'Eisenstein, accompagné par l'Orchestre lui-même et le Choeur du Théâtre Marinski de Saint-Petersbourg.



Lundi 11 et mardi 12 avril 2011 à 19h30 : Le chevalier à la rose, de Robert Wiene, avec la partition de Richard Strauss. Pour notre entretien avec la comédienne Huguette Duflos, qui tient l'un des rôles principaux, et qui nous parle, justement, de musique et de cinéma, cliquez ICI



Mardi 24 mai 2011 à 19h30 : Les mains d'Orlac, toujours de Robert Wiene : le pianiste Orlac perd ses mains dans un accident. On lui greffe celles d'un individu qui ne serait rien d'autre qu'un assassin. Dès lors, Orlac ressent d'étranges pulsions de meurtre, semblant venir des mains homicides ... Un film remarquable, à voir aussi pour le jeu de Conrad Veidt en musicien psychopathe.




Pour en savoir plus, cliquez ICI



Intégrale Hitchcock à Paris



Dans le cadre de sa saison 2010/2011, la cinémathèque française proposera toutes les oeuvres du maître.

En conseiller certaines ? Il faudrait quasiment toutes les voir !

Il est donc inutile de rappeler qu'Alfred a signé quantité de superbes films à ne pas manquer : Psychose (notre extrait), Les oiseaux, Vertigo, L'ombre d'un doute, Fenêtre sur cour, Le crime était presque parfait, La maison du docteur Edwardes, Rebecca, Les enchaînés, L'inconnu du Nord-Express, La mort aux trousses, Le faux coupable, Soupçons, sans oublier Les 39 Marches, Une femme disparaît, Jeune et innocent, Chantage, Les cheveux d'or, ou encore Le ring.


Par contre, nous ignorons si la cinémathèque passera le documentaire du maître sur les camps de la mort, presque jamais montré.