Hédy Sellami présente
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Extraits à venir sur Eclairages

Extraits à venir sur Eclairages
Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

Miss Mend, de Barnet et Ozep

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De La belle équipe à L'assassin habite au 21

De La belle équipe à L'assassin habite au 21


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi René Clair; Danse et cinéma; Rêves de chaque nuit; La divine; et The lodger en ciné-concerts; des classiques français avec Louis Jouvet; L'ange bleu; Le bossu; Mankiewicz; Max Ophüls; Fritz Lang; John Huston; Julien Duvivier; Jean Rouch; Ex-lady; Danielle Darrieux; un cycle Scénaristes et dialoguistes; ou encore Clouzot.

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Pour la diffusion de films muets à la télévision publique


Quoi qu'en disent certains, la connaissance et la publication des films muets restent faibles, fragmentaires.

C'est particulièrement le cas des films français.

Voici qui est tout de même stupéfiant : on ne peut trouver en DVD qu'une infime minorité des oeuvres les plus marquantes signées par les cinéastes les plus célèbres : Gance, Dulac, L'Herbier, Antoine, Epstein (1) ...

Il faut parfois chercher chez des éditeurs étrangers pour dénicher une oeuvre !

Et ne parlons pas des réalisateurs davantage négligés encore : les Roussel, les Kemm, les Lion, les Hervil, les Poirier ...

N'est-il pas pour le moins étrange que ces cinégraphistes soient littéralement interdits d'antenne dans leur propre pays ?

Pour ne citer que ce seul exemple, combien de films signés Baroncelli la télévision française a-t-elle diffusés depuis qu'elle existe ?

Il ne serait pas scandaleux qu'une chaîne publique projette, ne serait-ce qu'une fois par mois, un film français muet.

Cela n'apparaîtrait tout de même pas disproportionné par rapport au nombre de gens intéressés, certes faible.

France 5 diffusant déjà des documentaires, France 3 le Cinéma de minuit, France 2 (irrégulièrement et très tard) le Ciné-club, France 4 pourrait être tenue de respecter ce minimum que l'on serait en droit d'attendre du service public.


(Notre illustration : Monte-Cristo (1929) de Fescourt : le crime dans l'auberge).




(1) ajouté le 29 mai 2014 : Epstein fait maintenant l'objet d'une édition en dvd.


Grands journalistes ou grands ignares ?

Grands journalistes ou grands ignares ?


Madame La Très Grande Journaliste Anne Sinclair, Directrice Editoriale du Bluffington Post, commence l'un de Ses éditos par : "L'homme qui en savait trop est un mauvais film d'Alfred Hitchcock".

Que Sa Majesté permette à mon humble personne d'apporter quelques précisions. J'espère que Son Altesse La Dominante n'en voudra pas trop au dominé que je suis ...

Il existe deux versions de The man who knew too much, l'une réalisée vers 1934, l'autre réalisée vers 1956.

Sainte Anne l'ignorant, Elle n'a pas précisé à quelle version Elle se réfère.

L'opus de 1934 n'est pas si mauvais.

Certes, celui de 1956 n'est pas le meilleur Hitchcock, loin s'en faut ...

Mais, si j'osais prétendre apprendre quoi que ce soit à Sa Sainteté, je Lui signalerais que cette version de 1956 comporte l'une des scènes les plus formidables qu'ait signées le maître : le fameux concert au cours duquel le meurtre doit être commis (notre extrait).

Qu'importe, après tout ! Que cela n'empêche pas Sa Royauté d'expédier le film comme Elle le fait ...

Je m'excuse d'avoir été si outrecuidant envers Ma Supérieure.

D'autant qu'Elle n'est pas la seule vedette du journalisme à étaler Son ignorance avec une telle insouciance.

Un jour, à la radio, j'entendais Le Pape Jean-François Kahn. Il lâcha quelque chose du genre : "Le film Little Cesar, avec ce gangster joué par James Cagney".

Il aurait dû mieux préparer Son topo, ou mieux choisir Ses nègres. Little Cesar a pour acteur principal ... Edward G. Robinson, et non James Cagney.

J'espère que Son Excellence ne m'en voudra pas d'avoir osé relever Son erreur. Où va-t-on si les serviteurs tels que moi, ceux que Monsieur Kahn appellerait les boniches, se mettent à jouer les professeurs ?





277e filmographie

277e filmographie

Deux partitions pour une grève



Стачка (La grève, 1925) d'Eisenstein, peut être visionné en deux copies, avec deux musiques différentes.

L'une (ci-dessus) a été composée récemment par Pierre Jodlowski pour la cinémathèque de Toulouse. L'autre (ci-dessous) est constituée de morceaux signés Chostakovitch pour une restauration soviétique de 1969.

C'est l'occasion de constater à quel point l'accompagnement sonore d'un film muet en modifie la perception.






Dark Vador, ou George Bush au Royaume du Ciel (bientôt illustré par des extraits de films)


Dark Vador et Dark Sidious représentent une certaine Amérique et son président, attaquant la démocratie sous prétexte de la défendre. Car Star wars III parle métaphoriquement de notre actualité, dont Kingdom of heaven traite expressément. D'ailleurs, les deux films sont habités par les mêmes obsessions. En particulier, guerres, amputations et décapitations figurent un monde déchiré. Au surplus, les mutilations trahissent une hantise de la castration. Dès lors, il n'est pas étonnant qu'on y trouve également la mort de la femme. L'avenir que ces oeuvres dessinent, est celui d'un univers déshumanisé.



Star wars III, la revanche des Siths, montre la transformation d'Anakin Skywalker en Dark Vador
"If you are not with me, then you are my enemy" : "Si tu n'es pas avec moi, alors tu es mon ennemi".
Devinette : de qui cette phrase est-elle la devise ?
1 est-ce celle d'Anakin Skywalker, la disant à Obi-Wan Kenobi avant qu'ils ne se battent en duel à la fin de Star wars III ?
2 ou est-ce celle de George Bush Junior, clamée à l'intention de ceux qui ne soutenaient pas son intervention en Irak ?
Réponse : les deux, mon capitaine.
"Qui n'est pas avec nous, est contre nous". On se rappelle cet avertissement lancé par Bush aux pays qui refusèrent d'intégrer la deuxième coalition du Golfe. Un avertissement que l’on retrouve en substance dans la bouche d’Anakin. De fait, La revanche des Siths n’est qu’une suite d’allusions transparentes à l’Amérique d'aujourd'hui et à son président.

Une Amérique en proie au doute

Le Chancelier Palpatine s'avérera être le seigneur sith Dark Sidious
Tout comme Bush voulant sa guerre d’Irak, le Chancelier Palpatine réclame la poursuite de la confrontation contre les Siths. Et qui s'y opposerait, puisqu'il prétend défendre la bonne cause ? Seuls les Jedis se méfient. Mais, peu à peu, insidieusement, Palpatine circonvient l'un d'entre eux : Anakin Skywalker. Palpatine se pose en garant de la paix, de la démocratie, des institutions. Selon lui, les Jedis auraient soif de pouvoir ; raison pour laquelle ils comploteraient de les renverser, lui et le Sénat. De leur côté, les Jedis l'accusent de plus en plus ouvertement de préparer un régime personnel et autoritaire. Anakin est donc confronté à un choix qui s’apparente à une épreuve. Saura-t-il distinguer le Bien du Mal ? Sera-t-il capable de discerner qui est légitime, qui protège la liberté et qui la menace ? Image de ce que doivent être les cas de conscience de bien des Américains d'aujourd'hui. Soutenir leur président, n'est-ce pas aider à ébranler les institutions démocratiques du pays ? La liberté n'exige-t-elle pas qu'on le combatte ? Voire, qu'on le destitue ? Que faire quand un adepte de l’autoritarisme se gagne les faveurs des instances élues que pourtant il musèle ? Comment réagir quand tout un peuple se laisse séduire par le Mal ? Quand sa jeunesse se laisse tenter ? Quand toute la société se laisse gangrener ? Anakin représente une Amérique - et peut-être plus particulièrement une jeunesse américaine - pervertie; qui a perdu ses repères; qui ne sait plus différencier Bien et Mal, Vérité et Mensonge.

La crainte qu’exprime aussi Star wars III, c’est que la rébellion contre un président liberticide ne se retourne contre la démocratie. Anakin tombe dans un piège terrible : il bascule définitivement du mauvais côté, celui de Palpatine, au moment où il croit ne le servir que par feinte, pour mieux le détrôner. Car, alors, en réalité, lui-même n’est plus qu’un orgueilleux qui aspire à confisquer le pouvoir. Sa dernière entrevue avec son épouse, Padmé, le manifeste. Anakin déclare qu’il sera assez puissant pour supplanter Palpatine; et qu’il modèlera l’univers pour le faire tel qu'il l'a toujours désiré. Démence par laquelle il a irrémédiablement rejoint le camp du Mal. Une démence qui ne peut pas ne pas faire penser à Bush Junior, avec ses projets affichés de reconfigurer le monde. On songe en particulier à sa volonté de redessiner le Proche-Orient. De même que la forfanterie d'Anakin vis-à-vis de Palpatine, rappelle les rapports entre Bush junior et Bush senior : on a souvent raconté que le président actuel aurait juré de faire mieux (c'est-à-dire pire) que son père ...



Détruire la démocratie sous prétexte de la défendre

En attendant, c’est Palpatine qui triomphe. Il se révèle être le seigneur sith Dark Sidious. Le prétendu démocrate, poussant à la guerre contre les Siths au nom du Bien, est, en réalité, le chef de ces mêmes Siths, le démon du Mal. Le film semble tenter de réveiller l’Amérique : votre président se veut l’apôtre de la démocratie ; il crie qu’il faut l’imposer partout dans le monde, au besoin par la force. Prenez garde ! En vérité, il en a porté le masque pour mieux l'abattre. Car il en est l'ennemi. Il a commencé par l’anesthésier. Maintenant, il la foule aux pieds.
Effectivement, le Chancelier tombe le masque. Sa transformation physique en témoigne. Après un duel contre un Jedi, il apparaît enfin sous son vrai visage : celui de Dark Sidious. Ni Anakin ni le Sénat ne sont plus capables de réagir; ils sont passés dans le camp sith. Ils sont devenus les fossoyeurs de la liberté, qu'ils étaient censés défendre.

En plein Sénat, Palpatine proclame l'Empire et déclare les Jedis hors-la-loi
En plein Sénat, le Chancelier accuse les Jedis d’attenter à la sûreté de l’Etat; il les déclare hors-la-loi. Il se pose en sauveur. Ce qui ne l’empêche pas de proclamer l'Empire. L’assemblée l'applaudit. Demeurée fidèle aux Jedis, Padmé commente amèrement : "C'est ainsi que meurt la démocratie. Sous les applaudissements". Dans cette scène, le Chancelier ressemble à tous les dictateurs qui ont dévitalisé les institutions sous couvert de les sauvegarder. Mais, c'est bien de Bush junior qu'il s'agit. Et du Sénat américain.

Dark Sidious a projeté sur Yoda les sièges des Sénateurs pour l'écrabouiller, image d'un dictateur qui écrase toute opposition
Une autre séquence métaphorise la destruction pure et simple du parlement; c'est-à-dire, plus généralement, de la démocratie. Dark Sidious et Yoda s'affrontent en duel, au sein même de l’assemblée désertée par les Sénateurs.
Cette joute évoque celle qui conclut Gladiator (2000), de Ridley Scott : la bagarre dans l'arène, entre un gladiateur et l’empereur fou qui joue les héros; un empereur qui est un tyran, comme Dark Sidious.
Or, c'est bien à une arène que fait penser le Sénat de Star wars III. Ne serait-ce que par sa circularité ; par ses espèces de gradins ; et par la lutte que s’y livrent Yoda et Dark Sidious.
Grâce à ses pouvoirs, de par sa seule volonté, ce dernier arrache les sièges des Sénateurs et les projette sur son adversaire pour l’écrabouiller. Allégorie d'un parlement devenu le jouet du despote. Celui-ci l’a instrumentalisé dans tous les sens du terme : d’abord, en lui faisant approuver la proclamation de l’Empire ; puis, en le démantelant et en le saccageant pour se servir des sièges comme de projectiles contre Yoda. Ce qui figure la tentative d’écraser tout opposant.

Le triomphe du Mal ?

Anakin Skywalker est passé du côté obscur de la Force
Parallèlement à ce duel, se déroule celui qui oppose Obi-Wan Kenobi à Anakin, devenu l’allié de Dark Sidious. Obi-Wan ne doute plus qu'il faille neutraliser Anakin lorsque celui-ci lance : "My empire" ("Mon empire"); ou encore lorsqu'il lâche la phrase précitée : "Si tu n'es pas avec moi, alors tu es mon ennemi". A quoi Obi-Wan rétorque quelque chose comme : "Seul un Sith peut être aussi absolutiste". C'est estimer que seuls de dangereux fanatiques liberticides peuvent mener la politique que conduit George Bush. Kenobi prend le dessus. Il dit à Anakin à peu près ceci : "Tu étais l'élu. Tu avais été choisi pour combattre le Mal, non pour le servir". Ici encore, l'allusion est transparente : le président avait été élu pour raffermir la paix, la démocratie, la liberté, la justice, et non pour les saper. Or, il a trahi sa mission.
Mais la sentence prononcée par Obi-Wan suggère que l’histoire d’Anakin est calquée sur un mythe universel.

La suite de notre analyse est accessible moyennant une somme modique de 5 euros. Une fois effectué le paiement sécurisé, via paypal, vous aurez accès à cette suite. Cliquez sur la flèche :



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Hédy Sellami, eclairages.com.fr

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La banque Nemo, un film d'une brûlante actualité



Réalisé vers 1934, l'opus de Marguerite Viel retrace l'ascension sociale d'un arriviste qui ne recule devant aucune manoeuvre pour parvenir au sommet.

Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il est au moins une scène qu'il faut voir, aujourd'hui en 2013, tant elle paraît d'actualité : le conseil des ministres (notre extrait). A l'époque, cette scène, qui montre ces messieurs sous leur jour véritable, aurait d'ailleurs été censurée, coupée.

Certains prétendront que nous sommes dans la caricature : au contraire, il nous paraît que nous sommes encore au-dessous de la réalité, de notre réalité.

Toute ressemblance avec des personnages et des faits existant aujourd'hui constitue, sans doute, une coïncidence ...

Il n'empêche que l'on croirait entendre parler d'affaires actuelles, récentes, quand, par exemple, le président du Conseil rappelle au ministre des colonies qu'il a concédé des terrains à l'affairiste alors que ses subordonnés le lui avaient déconseillé; ou lorsque la question est posée de savoir comment le banquier véreux peut être en possession de documents qui auraient dû rester entre les mains du même ministre ...

Frappants échos encore avec la situation actuelle quand on rappelle au président du Conseil qu'il a plaidé pour le banquier il y a six mois ...

Aura-t-on la cruauté de remarquer aussi combien est ressemblant ce personnage d'imbécile qui tient à son poste parce qu'il est ministre pour la première fois, et depuis si peu de temps, alors qu'il était député depuis quinze ans ...

Oui, tout cela ressemble horriblement à ce qu'aujourd'hui, nous vivons en pire ...







Alfred sur les traces d'Agatha ?

Alfred sur les traces d'Agatha ?

Eclairages vous présente une nouvelle étude sur Hitchcock. Intéressons-nous plus particulièrement à ses rapports avec une Anglaise célèbre ... "la reine du crime" ... Agatha Christie. Nous allons voir que plusieurs films du cinéaste présentent d'étranges ressemblances avec certains livres de sa compatriote.





Quand Kurosawa fait appel à Ravel







Le récit de la femme violentée dans 羅生門 (Rashomon) est accompagné d'une partition inspirée du célèbre Boléro.

Démonstration en images et en musique avec l'extrait du film et le final de l'opus ravélien.













Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu


Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".






Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.


Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que : toujours, parfois. N'écrit-il pas : "Le cinéaste semble toujours dubitatif" ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce "toujours" ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le "toujours". La formulation même : "Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance" etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.

"Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance" etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce "toujours", à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.





La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.







L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro


Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
21 juillet 2005

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.




26 de nos 311 extraits de films

Répertoire des films noirs américains



Eclairages met en ligne un répertoire des films noirs américains, classés par compagnie cinématographique et par ordre alphabétique.

Pour chaque film, le générique, le résumé, des photogrammes et un ou plusieurs extraits.

Le répertoire sera progressivement enrichi.









Paramount


RKO


Twentieth Century Fox


Universal