Hédy Sellami présente
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Extraits à venir sur Eclairages

Extraits à venir sur Eclairages
Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

Miss Mend, de Barnet et Ozep

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Bedside au Corbeau

De Bedside au Corbeau


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Danse et cinéma; Rêves de chaque nuit; La divine; et The lodger en ciné-concerts; des classiques français; Arsenal; John Huston; Welles; Jean Rouch; Robert Florey; Knock; Danielle Darrieux; un cycle Scénaristes et dialoguistes; ou encore Clouzot.

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Pour la diffusion de films muets à la télévision publique


Quoi qu'en disent certains, la connaissance et la publication des films muets restent faibles, fragmentaires.

C'est particulièrement le cas des films français.

Voici qui est tout de même stupéfiant : on ne peut trouver en DVD qu'une infime minorité des oeuvres les plus marquantes signées par les cinéastes les plus célèbres : Gance, Dulac, L'Herbier, Antoine, Epstein (1) ...

Il faut parfois chercher chez des éditeurs étrangers pour dénicher une oeuvre !

Et ne parlons pas des réalisateurs davantage négligés encore : les Roussel, les Kemm, les Lion, les Hervil, les Poirier ...

N'est-il pas pour le moins étrange que ces cinégraphistes soient littéralement interdits d'antenne dans leur propre pays ?

Pour ne citer que ce seul exemple, combien de films signés Baroncelli la télévision française a-t-elle diffusés depuis qu'elle existe ?

Il ne serait pas scandaleux qu'une chaîne publique projette, ne serait-ce qu'une fois par mois, un film français muet.

Cela n'apparaîtrait tout de même pas disproportionné par rapport au nombre de gens intéressés, certes faible.

France 5 diffusant déjà des documentaires, France 3 le Cinéma de minuit, France 2 (irrégulièrement et très tard) le Ciné-club, France 4 pourrait être tenue de respecter ce minimum que l'on serait en droit d'attendre du service public.


(Notre illustration : Monte-Cristo (1929) de Fescourt : le crime dans l'auberge).




(1) ajouté le 29 mai 2014 : Epstein fait maintenant l'objet d'une édition en dvd.


Grands journalistes ou grands ignares ?

Grands journalistes ou grands ignares ?


Madame La Très Grande Journaliste Anne Sinclair, Directrice Editoriale du Bluffington Post, commence l'un de Ses éditos par : "L'homme qui en savait trop est un mauvais film d'Alfred Hitchcock".

Que Sa Majesté permette à mon humble personne d'apporter quelques précisions. J'espère que Son Altesse La Dominante n'en voudra pas trop au dominé que je suis ...

Il existe deux versions de The man who knew too much, l'une réalisée vers 1934, l'autre réalisée vers 1956.

Sainte Anne l'ignorant, Elle n'a pas précisé à quelle version Elle se réfère.

L'opus de 1934 n'est pas si mauvais.

Certes, celui de 1956 n'est pas le meilleur Hitchcock, loin s'en faut ...

Mais, si j'osais prétendre apprendre quoi que ce soit à Sa Sainteté, je Lui signalerais que cette version de 1956 comporte l'une des scènes les plus formidables qu'ait signées le maître : le fameux concert au cours duquel le meurtre doit être commis (notre extrait).

Qu'importe, après tout ! Que cela n'empêche pas Sa Royauté d'expédier le film comme Elle le fait ...

Je m'excuse d'avoir été si outrecuidant envers Ma Supérieure.

D'autant qu'Elle n'est pas la seule vedette du journalisme à étaler Son ignorance avec une telle insouciance.

Un jour, à la radio, j'entendais Le Pape Jean-François Kahn. Il lâcha quelque chose du genre : "Le film Little Cesar, avec ce gangster joué par James Cagney".

Il aurait dû mieux préparer Son topo, ou mieux choisir Ses nègres. Little Cesar a pour acteur principal ... Edward G. Robinson, et non James Cagney.

J'espère que Son Excellence ne m'en voudra pas d'avoir osé relever Son erreur. Où va-t-on si les serviteurs tels que moi, ceux que Monsieur Kahn appellerait les boniches, se mettent à jouer les professeurs ?





277e filmographie

277e filmographie

Deux partitions pour une grève



Стачка (La grève, 1925) d'Eisenstein, peut être visionné en deux copies, avec deux musiques différentes.

L'une (ci-dessus) a été composée récemment par Pierre Jodlowski pour la cinémathèque de Toulouse. L'autre (ci-dessous) est constituée de morceaux signés Chostakovitch pour une restauration soviétique de 1969.

C'est l'occasion de constater à quel point l'accompagnement sonore d'un film muet en modifie la perception.






Elli Ylimaa (1900/1982)

Actrice finlandaise née en 1900 et décédée en 1982.
Son nom de jeune fille était Ellen Johanna Linnanheimo. Elle était la grande soeur des comédiennes Regina et Rakel Linnanheimo.
Vous trouverez ci-dessous une liste de films dans lesquels elle apparaît, certainement incomplète.









1936
 
 
 
 
Taistelu heikilan talosta de Teuvo Tulio
 
 
Elli serait Jaakko.  
 
Avec :
 
 
 
 
 
 
 
1937
 
 
 
 
Koskenlastijan morsian de Valentin Vaala
 
 
 
 
 
 
Nuorena nukunut de Teuvo Tulio
 
 
Elli serait la tante Sophie.
 
 
Avec :
 
 
 
 
 
 
 
1938
 
 
 
 
 
Niskavuoren naiset de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Serafina. 
 
 
 
 
 
 
 
Laulu tulipunaisesta kukasta (Le chant de la fleur écarlate) de Teuvo Tulio
 
 
Avec :
 
 
 
 
 
 
 
 
1941
 
 
 
 
 
Antreas ja syntinen Jolanda de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Aurora.
 
Avec :
Kirsti Hurme : Jolanda
Olavi Reimas : Antreas 
 
 
 
 
 
 
1942
 
 
 
 
Varaventiili de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Rouva.
 
Avec :
 
 
 

 
 
 
1943
 
 
 
 
 
Neiti tuitupaa de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Beata.
 
Avec :
 
 
 
 
 
 
 
 
Tositarkoituksela de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Alina.
 
 
 
 
 

 
1945
 
 
 
 
 
Linaisten vihrea kamari de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Renata.
 
Avec :
Regina Linnanheimo : Anna Littow
 
 
 
 
 
 

 
 
Vuokrasulanen de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Emmi.
 
 
 
 
 
 
1946
 
 
 
 
Rakkauden risti (La croix de l'amour) de Teuvo Tulio

 
Elli  ferait une courte apparition. Nous ne nous rappelons pas l'avoir vue quand le film est passé à la cinémathèque française.
 
 
Vaguement inspiré d'un récit de Pouchkine.
La bande-son comporte des airs classiques, notamment du Bach et du Beethoven.   
 
 
Avec :
Regina Linnanheimo : Hirrta (ou Ritta ?)
Oscar Tengstrom : Kalle, père de Hirrta
Rauli Tuomi : le peintre Henrik 
Ville Salminen : le consul Mauri 
Senja Soitso : Maija, prostituée que Kalle maltraite pour lui faire dire si oui ou non sa fille se prostitue   
 
 
Kalle est un vieux gardien de phare à l'esprit dérangé. Un soir de tempête, un bateau coule. Un survivant en réchappe et appelle au secours : Kalle lui tire dessus avec une carabine, en répétant que personne ne viendra jusqu'au phare. L'assistant de Kalle intervient, recueille et soigne le blessé. 
Le lendemain, il lui raconte l'histoire du vieillard, qui explique son comportement ... Un flash-back nous mène donc vers le passé ...
Kalle vit avec sa conjointe et sa fille Hirrta dans le phare. Ne supportant plus cet isolement, son épouse les abandonne. Il se retrouve seul avec Hirrta.
Celle-ci est maintenant une jeune femme. 
Un jour, Kalle repêche un naufragé, le consul Mauri. Ce dernier flirte plus ou moins avec Hirrta. La demoiselle lui confie qu'elle souffre de la solitude, dans ce coin éloigné du monde. Mauri demande au père s'il consentirait à ce qu'il la promène ne serait-ce qu'un jour à la ville, mais le bonhomme  refuse. 
Mauri quitte l'île. Pourtant, il y reparaît régulièrement avec son bateau pour voir Hirrta. Un jour qu'ils ont passé plusieurs heures ensemble sur le voilier, Mauri propose à la jeune fille de l'emmener sur le continent, en ville, rien que pour la soirée. Elle accepte.   
Ele doit dormir chez Mauri. Femme-enfant, elle s'imagine qu'ils coucheront chacun dans son lit. Mais la tentation est trop grande pour le consul : il force plus ou moins Hirrta à une relation sexuelle.
Honteuse, Hirrta considère qu'elle ne peut plus se montrer devant son papa. Elle reste donc avec Mauri.
Au bout d'un an, lassé, celui-ci s'en débarrasse.
De déchéance en déchéance, Hirrta devient prostituée.
Un soir, alors qu'elle exerce dans la rue, un peintre - Henrik - l'aborde : il la voudrait pour  modèle, contre rémunération. Le naïf n'a pas compris que c'est une péripatéticienne.
Il la fait poser pour un tableau nommé La croix de l'amour : on y voit Hirrta en croix, comme Jésus.
Lors d'une séance de pose, Henrik avoue son amour à Hirrta, qui lui déclare l'aimer aussi.
Hirrta abandonne la prostitution. Elle et Henrik doivent se marier.
Elle envoie une lettre mensongère à son papa, lui taisant bien sûr sa prostitution et lui affirmant qu'elle va épouser le consul Mauri. Kalle en parle à des matelots qui lui rendent visite. Dans son dos, ils ricanent et lancent quelque chose comme : "Il ignore que c'est une putain". Il les traite de calomniateurs mais déboule en ville afin de vérifier si leurs dires sont exacts. Il se rend chez une certaine Maija, péripatéticienne. Il la menace pour lui faire avouer  si oui ou non Hirrta fait le trottoir. Puis, il se rend chez Mauri. 
Mais Hirrta l'a vu et a filé chez le consul. Ensemble, ils organisent une mascarade : lorsque Kalle arrive chez Mauri, ce dernier prétend que lui et Hirrta vont se marier. Comme Kalle insiste pour assister au mariage, ils en organisent un de comédie. Une cérémonie "bidon" a lieu et une fête tout aussi grotesque est donnée. 
Hélas, un malheureux concours de circonstances se produit. Mauri avait acheté une toile de Henrik, demandant au vendeur que l'artiste vienne chez lui pour recevoir la seconde moitié de la somme. Or, c'est justement au moment de la fausse noce que Henrik surgit chez le consul. Celui-ci ignore que Henrik est le fiancé de Hirrta. Il l'informe qu'il tombe en pleine pantalonnade, lui explique la situation, lui révèle que c'est une prostituée qui fait croire à son papa qu'elle se marie avec lui, Mauri. Juste à ce moment, paraît Hirrta, en robe de mariée. Ainsi Henrik apprend-il quel métier Hirrta exerçait avant de le rencontrer. Il l'insulte et part. 
Hirrta réalise qu'elle a définitivement perdu Henrik. Après la fausse cérémonie, elle insiste auprès de son père pour qu'il la reprenne avec lui au phare. Mais, ne comprenant rien, il refuse.
Hirrta et Mauri se rendent dans une sorte de pub. Là, se trouve justement Henrik, qui injurie Hirrta et lui jette de l'eau au visage. 
Mauri emmène la jeune femme chez lui. Il lui déclare vouloir refaire sa vie avec elle.
Hirrta va dans une pièce. Mauri entend un coup de feu : il se précipite : Hirrta s'est tiré une balle dans la tempe. Avant de décéder, elle lui fait jurer de taire la vérité à son père et de lui raconter qu'elle est morte accidentellement ... 
Nous voici revenus au présent. Le naufragé auquel le gardien de phare a narré l'histoire, regarde une photo de Hirrta. Et, ce naufragé, c'est ... Henrik. 
 
 
 
 


 
 
 
Levoton veri (Le sang sans repos) de Teuvo Tulio
 
 
Film dont il existerait une version finlandaise et une version suédoise, avec, pour partie, des acteurs différents. En principe, nous avons vu la version finlandaise.   
 
La musique est une variation sur une valse de Chopin.  
 
 
Elli est la tante de Sylvie et d'Outi.
 
 
Avec :
Regina Linnanheimo : Sylvie, soeur d'Outi
Toini Vartiainen : Outi, soeur de Sylvie
Eino Katajavuori : Valter, le médecin dont les deux soeurs sont amoureuses  
Lauri Korpela : le docteur Brauner, qui opère Sylvie 
 

 
Deux soeurs, Sylvie et Outi, vivent avec leur tante. Elles aiment toutes deux le docteur Valter. Celui-ci, homme déjà mûr, épouse Sylvie, plus âgée qu'Outi, laquelle n'est qu'une toute jeune fille.  
Outi part pour un long voyage à l'étranger. 
Sylvie et Valter ont maintenant un garçon, Marti. C'est une famille unie, heureuse.
Malheureusement, un jour, alors que Sylvie essaie un chapeau dans un magasin, Marti sort et s'éloigne dans la rue. Il est écrasé par un véhicule et meurt.
Valter tient son épouse pour responsable et lui dit qu'il la hait.
Le temps a passé. Valter ne parvient pas à oublier. Il s'est considérablement éloigné de Sylvie, avec laquelle il n'a plus de relations. Ce dont celle-ci souffre terriblement. 
Un soir, ayant entendu Valter tenir des propos galants à la domestique, alors qu'il est ivre, Sylvie  avale un poison. Son mari réussit à la sauver, mais elle reste aveugle.
Valter se rapproche alors d'elle. Il la traite avec respect, attention. Toutefois, leurs rapports s'arrêtent là.   
Et voici qu'Outi revient de son long périple.
Elle s'installe chez sa soeur et son beau-frère.
Valter ne tarde pas à la courtiser. Il va même jusqu'à l'embrasser à pleine bouche, en présence de Sylvie, profitant de sa cécité.
Sylvie comprend ce qui se trame. Elle se rend en Suisse avec sa tante afin de se faire opérer par le docteur Brauner. Le challenge est risqué : réussir signifiera recouvrer la vue; échouer entraînera la cécité à vie, sans espoir de guérison.  
L'opération est un succès.
Cependant, lorsqu'elle rentre, à l'improviste, Sylvie  entend une conversation entre Valter et Outi, qui ne laisse aucun doute quant à leurs relations (ils ont d'ailleurs profité de l'absence de Sylvie pour se payer du bon temps ensemble). Sylvie fait donc croire que Brauner a échoué et qu'elle est toujours aveugle.
S'ensuit alors une période au cours de laquelle Valter et Outi la trompent outrageusement, ignorant qu'elle sait et voit tout, jusqu'à leurs ébats. 
Outi attend maintenant un enfant de Valter. Les deux amants veulent vivre ensemble. 
Sa souffrance a amené Sylvie jusqu'à la folie.
Elle songe un moment à empoisonner sa soeur avec cette même substance qui l'a rendue aveugle. Mais elle trouve cette punition trop douce.   
Elle finit par révéler qu'elle voit et qu'elle sait. Elle exige qu'Outi avorte. Elle menace également de provoquer un scandale qui détruirait la carrière de Valter. En un mot comme en cent, elle avertit qu'elle les tourmentera sans cesse et que, pour eux, le seul moyen d'échapper à l'enfer sera de se suicider. 
Pourtant, une nuit, alors qu'elle a pris sa voiture et roule à toute vitesse, elle se met à penser que tout est de sa faute, parce que tout est parti de la mort de Marti, dont elle se sent coupable. Elle se dit qu'elle ne peut pas maintenant sacrifier l'enfant d'Outi et de Valter après avoir, en somme, déjà tué son propre fils. Elle fait un écart et meurt dans cette sorte d'accident/suicide.
Outi et Valter trouvent une lettre : Sylvie leur souhaite d'être heureux, leur demande de lui pardonner, et explique qu'elle aspire à la paix.    
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Loviisa niskavuoren nuori emanta de Valentin Vaala
 
 
Elli serait Ita.
 
 
 
 
 
 
 
1947
 
 
 
 
 
Intohimon vallassa de Teuvo Tulio
 
 
Elli serait Andersonska.  
 
Avec :  
 

 
 
 
 
 
Hedelmaton puu de Hannu Leminen
 
 
Elli serait mademoiselle Lindgren.
 
 
 
 
 
 
1948
 
 
 
 
Lapi usvan de Roland Hallstrom 
 
 

 
 
 
1951
 
 
 
 
 
Gabriel, tule takaisin de Valentin Vaala
 
 
 
 
 
Kesailan valssi de Hannu Leminen
 
 
 
 
 
Kaiken naisten monni de Lasse Poysti
 
 
 
 
 
 
1952
 
 
 
 
 
Noita palaa elamaan de Roland Hallstrom
 
 
Elli serait Sara.
 
 
 
 
 
 
 
Rikollinen nainen (La criminelle) de Teuvo Tulio
 
 
Le scénario aurait été écrit par Teuvo Tulio avec Regina Linnanheimo.  
 
 
Il nous a bien semblé que la mère de Kristian est campée par Elli Ylimaa. 
 
 
Avec :
 

Eva est courtisée par deux hommes : le juge Lauri, d'âge mûr, et le jeune Kristian, médecin. 
Elle se marie avec Lauri.
Ils ont un fils, Kari.
A la suite d'un malentendu, Lauri croit qu'Eva le trompe avec Kristian. Il l'injurie. Elle part à la gare pour aller chez sa grand-mère. Le lendemain, on demande à Lauri de venir identifier un corps : celui d'une femme écrasée par un train : Lauri  est sûr de reconnaître Eva, d'autant que les vêtements et les accessoires sont les siens.
Parallèlement, on amène à la prison, dont Lauri assume maintenant la direction, une dame considérée comme une dangereuse criminelle. Elle semble amnésique, hébétée. Cette pauvre créature ressemble étrangement à ... Eva, et, de fait, il s'agit bien d'elle, mais elle a perdu la mémoire et ne se rappelle plus qui elle est.
Elle endure les souffrances liées à sa condition de prisonnière : par exemple, elle trime dur dans les tourbières.
De son côté, Lauri rencontre une certaine Ritta. Il finit par l'épouser.
Un jour, étant venue chercher son époux à la prison, Ritta remarque Eva. Son air de somnambule  tragique la frappe. Bien évidemment, elle ignore qui elle est réellement. Elle demande à Lauri qu'on lui amène la triste égarée à la maison, afin qu'elle lui tire le portrait. 
Dans cette maison qui a été la sienne, Eva a vaguement l'impression que certains objets lui sont familiers. Elle aperçoit Kari, qui ne la reconnaît pas parce qu'elle a disparu alors qu'il était beaucoup plus jeune. Elle le serre dans ses bras, lui répétant : "Kari, ne me quitte pas". Effrayé, le garçon n'en est pas moins intrigué. Il compare une photo de sa mère avec le portrait que Ritta a fait de la prisonnière et remarque la ressemblance. Il trouve le moyen de libérer Eva et la cache dans la demeure familiale. Il  la fait voir à son père : celui-ci croit devenir fou en découvrant Eva, à l'évidence dérangée mentalement. Il apprend tout à Ritta.
Kristian opère Eva. Elle retrouve pour partie la mémoire : elle est à nouveau Eva, mais ne sait pas ce qui s'est passé depuis le jour où elle a quitté le domicile familial pour prendre le train.
On lui cache le remariage de Lauri avec Ritta, mais Kari finit par le lui révéler sans penser à mal.
Eva préfère alors partir. Elle se rend à la gare avec Kristian et Kari. Dans le train, ressurgissent en sa mémoire les événements qui ont amené la méprise : le soir de sa disparition, elle avait été attaquée par la dangereuse criminelle. Cette dernière lui a asséné un coup à la tête, avant de procéder à un échange de vêtements. Puis, elle a essayé de jeter Eva du wagon en marche. Les deux femmes sont tombées; la meurtrière a été écrasée; Eva a été ramassée avec ses vêtements et confondue avec la mauvaise fille.      
 
 
 
 
 
  
 
 
1953
 
 
 
 
2 hauskaa vekulia de Lasse Poysti
 
 
 
 
 
Peka puupaa kesalaitumila d'Armand Lohikoski
 
 
Elli serait madame Linsi.
 
 
 

 
 
1956
 
 
 
 
 
Olet mennyt minun vereeni (Tu es entré dans mon sang) de Teuvo Tulio
 
 
Le scénario aurait été écrit par Teuvo Tulio et Regina Linnanheimo.  
Nous nous demandons s'il n'existerait pas plusieurs versions de ce film, car nous nous rappelons avoir vu le mot "Blodet" (probable équivalent de l'anglais Blood = sang) dans le titre, lors de la projection à la cinémathèque française; titre qui serait donc différent de celui que donnent les sources écrites. A moins qu'il ne se soit agi du titre d'un livre dont le film serait tiré ?  
 
 
Elli est la mère de Rea.  
 
Avec :
Ami Runnas : le compositeur Tauno Tarras 
Ake Lindman : Erkki, le loup de mer
Rauha Rentola : Eva 
Kirsti Hurme : l'épouse de Tauno
 
 
Au début du film, Rea est seule à une table. Visiblement ivre. Elle se rappelle le passé, vers lequel nous mène un flash-back  ...
Rea travaille dans une usine. Elle vit avec sa vieille mère. Elle ne sort jamais, ne fréquente pas les hommes, s'ennuie.
Un jour, une camarade, Eva, l'incite à aller danser. Avec des copines, elles se rendent dans un endroit où elles font la connaissance d'une bande d'amis. Parmi eux, le musicien Tauno Tarras et le matelot Erkki.
Ce soir-là, Rea boit de l'alcool pour la première fois de sa vie.
Tout ce petit monde va chez Tauno, où l'on boit encore.
Le lendemain, Rea est malade. Elle se sent gênée vis-à-vis de sa mère : en effet, le père était alcoolique et cela a causé le malheur de la famille. 
Rea devient la maîtresse de Tauno. Mais, lorsqu'elle se retrouve enceinte, il adopte une attitude fuyante et l'envoie chez un médecin pour se faire avorter.
Rea apprend qu'il est marié à une femme riche et influente grâce à laquelle il peut faire carrière. 
Erkki épouse Rea. Ils ont une enfant, Marjut. Ils s'installent dans une maison, avec la maman de Rea.
Quand Erkki est présent, c'est le bonheur absolu. Seulement, il reste des mois en mer ... Pendant ses longues absences, Rea s'ennuie, seule avec sa fille et sa mère. Elle est relancée par Eva, qui la fait sortir ... et boire.
En réalité, Rea est déjà sous l'emprise de l'alcool, même si elle parvient encore à le cacher, notamment à son mari. 
Tauno reprend contact avec elle.
Une nuit, ayant bu, elle couche avec lui. Au matin, dégrisée, pleine de mépris pour elle-même, elle le quitte avec colère. Elle se jure de ne plus le voir et de ne plus boire.
Mais lui et Eva la harcèlent : coups de téléphone, lettres.
Un soir, Rea s'habille de chic pour le retour d'Erkki, qui doit passer quelques jours à terre. Elle l'attend, l'attend ... en vain.
C'était avec ce moment-là que commençait le film, Rea seule à table.
Nous voici revenus au présent.
Rea téléphone aux autorités maritimes. On lui apprend que le navire est bloqué dans les glaces. 
Elle n'y tient plus et boit.
Eva vient la relancer chez elle et la traîne chez Tauno, qui donne une réception. 
Marjut entend sa maman partir et sort du pavillon.
Plus tard, Erkki arrive. Il trouve sa fille grelottant dehors. Il la recouche. Il aperçoit une invitation adressée par Tauno, chez qui il se rend. Il veut ramener Rea, lui dit que Marjut est malade. Ivre, Rea se précipite dans la voiture pour rentrer voir sa fille. Erkki a tout juste le temps de monter à côté d'elle. Il essaie de saisir le volant, que tient Rea, qui conduit n'importe comment. Erkki tombe de la voiture en marche. A ce moment, déboule un véhicule, qui l'écrase. Il meurt.
Tenue pour responsable, Rea est emprisonnée.
Lorsqu'elle sort, elle file à son ancienne adresse, où sont maintenant installés d'autres gens. Elle finit par retrouver la trace de sa mère, qui végète dans un hospice. La vieille lui apprend que Marjut a été recueillie par Tauno et son épouse, qui ne peuvent pas avoir d'enfant. Rea se présente chez eux. Marjut l'a plus ou moins oubliée. Rea estime que, n'ayant rien à lui offrir, elle doit la laisser chez les Tarras (tout du moins, pour le moment).
Elle peine à décrocher un emploi. Elle perd celui qu'elle a obtenu en usine, car la production décline. Puis, elle est renvoyée d'un bar à bière parce qu'elle refuse de se laisser peloter par les clients. 
Elle recommence à boire.
C'est alors la dégringolade. Elle devient une miséreuse, une sorte de clocharde, couchant dans d'infâmes bouges, vendant son manteau miteux pour pouvoir se payer simplement un demi. 
Elle a des hallucinations.
Un soir, dans la rue, elle croit voir Erkki en la personne d'un policier. Devant son attitude étrange, l'agent siffle. Rea s'enfuit, tombe, est embarquée par la police.
Or, Tauno a assisté à la scène et a reconnu Rea. Il l'attend à la sortie du poste. Il l'emmène dans un restaurant, obligé de payer pour qu'on accepte de la laisser entrer. Il lui propose de se faire soigner dans un établissement. Elle refuse. Il lui signale que Marjut, maintenant une demoiselle, a un fiancé. Il lui suggère de renouer contact avec elle. Même refus. Rea lui dit : "Comme la vie arrange les choses curieusement ! Tu aurais pu être le père de notre enfant, mais tu as voulu que je ne le garde pas. Et tu m'as pris Marjut".
Tauno lance : "Je ne peux vraiment rien pour toi, tu ne désires pas que je t'aide ?". Rea saisit des billets qu'il a posés sur la table et répond : "ça, ça peut m'aider". Elle le remercie pour la bière, et l'argent avec lequel elle va s'en payer encore. Puis, elle s'en va et erre dans la ville.
 
 
 
 
 
 
 
1958
 
 
 
Assessorin naishuolet de Lasse Poysti

 
 
 
 
 

Hédy Sellami, eclairages.com.fr

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La banque Nemo, un film d'une brûlante actualité



Réalisé vers 1934, l'opus de Marguerite Viel retrace l'ascension sociale d'un arriviste qui ne recule devant aucune manoeuvre pour parvenir au sommet.

Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il est au moins une scène qu'il faut voir, aujourd'hui en 2013, tant elle paraît d'actualité : le conseil des ministres (notre extrait). A l'époque, cette scène, qui montre ces messieurs sous leur jour véritable, aurait d'ailleurs été censurée, coupée.

Certains prétendront que nous sommes dans la caricature : au contraire, il nous paraît que nous sommes encore au-dessous de la réalité, de notre réalité.

Toute ressemblance avec des personnages et des faits existant aujourd'hui constitue, sans doute, une coïncidence ...

Il n'empêche que l'on croirait entendre parler d'affaires actuelles, récentes, quand, par exemple, le président du Conseil rappelle au ministre des colonies qu'il a concédé des terrains à l'affairiste alors que ses subordonnés le lui avaient déconseillé; ou lorsque la question est posée de savoir comment le banquier véreux peut être en possession de documents qui auraient dû rester entre les mains du même ministre ...

Frappants échos encore avec la situation actuelle quand on rappelle au président du Conseil qu'il a plaidé pour le banquier il y a six mois ...

Aura-t-on la cruauté de remarquer aussi combien est ressemblant ce personnage d'imbécile qui tient à son poste parce qu'il est ministre pour la première fois, et depuis si peu de temps, alors qu'il était député depuis quinze ans ...

Oui, tout cela ressemble horriblement à ce qu'aujourd'hui, nous vivons en pire ...







Alfred sur les traces d'Agatha ?

Alfred sur les traces d'Agatha ?

Eclairages vous présente une nouvelle étude sur Hitchcock. Intéressons-nous plus particulièrement à ses rapports avec une Anglaise célèbre ... "la reine du crime" ... Agatha Christie. Nous allons voir que plusieurs films du cinéaste présentent d'étranges ressemblances avec certains livres de sa compatriote.





Quand Kurosawa fait appel à Ravel







Le récit de la femme violentée dans 羅生門 (Rashomon) est accompagné d'une partition inspirée du célèbre Boléro.

Démonstration en images et en musique avec l'extrait du film et le final de l'opus ravélien.













Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu


Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".






Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.


Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que : toujours, parfois. N'écrit-il pas : "Le cinéaste semble toujours dubitatif" ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce "toujours" ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le "toujours". La formulation même : "Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance" etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.

"Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance" etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce "toujours", à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.





La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.







L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro


Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
21 juillet 2005

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.




21 de nos 310 extraits de films

Répertoire des films noirs américains



Eclairages met en ligne un répertoire des films noirs américains, classés par compagnie cinématographique et par ordre alphabétique.

Pour chaque film, le générique, le résumé, des photogrammes et un ou plusieurs extraits.

Le répertoire sera progressivement enrichi.









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