Hédy Sellami présente
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Extraits à venir sur Eclairages

Extraits à venir sur Eclairages
Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

Miss Mend, de Barnet et Ozep

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






D'Arsenal à L'assassin habite au 21

D'Arsenal à L'assassin habite au 21


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Danse et cinéma; Rêves de chaque nuit; La divine; et The lodger en ciné-concerts; des classiques français avec Louis Jouvet; L'ange bleu; Le bossu; Fritz Lang; John Huston; Julien Duvivier; Jean Rouch; Ex-lady; Danielle Darrieux; un cycle Scénaristes et dialoguistes; ou encore Clouzot.

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Pour la diffusion de films muets à la télévision publique


Quoi qu'en disent certains, la connaissance et la publication des films muets restent faibles, fragmentaires.

C'est particulièrement le cas des films français.

Voici qui est tout de même stupéfiant : on ne peut trouver en DVD qu'une infime minorité des oeuvres les plus marquantes signées par les cinéastes les plus célèbres : Gance, Dulac, L'Herbier, Antoine, Epstein (1) ...

Il faut parfois chercher chez des éditeurs étrangers pour dénicher une oeuvre !

Et ne parlons pas des réalisateurs davantage négligés encore : les Roussel, les Kemm, les Lion, les Hervil, les Poirier ...

N'est-il pas pour le moins étrange que ces cinégraphistes soient littéralement interdits d'antenne dans leur propre pays ?

Pour ne citer que ce seul exemple, combien de films signés Baroncelli la télévision française a-t-elle diffusés depuis qu'elle existe ?

Il ne serait pas scandaleux qu'une chaîne publique projette, ne serait-ce qu'une fois par mois, un film français muet.

Cela n'apparaîtrait tout de même pas disproportionné par rapport au nombre de gens intéressés, certes faible.

France 5 diffusant déjà des documentaires, France 3 le Cinéma de minuit, France 2 (irrégulièrement et très tard) le Ciné-club, France 4 pourrait être tenue de respecter ce minimum que l'on serait en droit d'attendre du service public.


(Notre illustration : Monte-Cristo (1929) de Fescourt : le crime dans l'auberge).




(1) ajouté le 29 mai 2014 : Epstein fait maintenant l'objet d'une édition en dvd.


Grands journalistes ou grands ignares ?

Grands journalistes ou grands ignares ?


Madame La Très Grande Journaliste Anne Sinclair, Directrice Editoriale du Bluffington Post, commence l'un de Ses éditos par : "L'homme qui en savait trop est un mauvais film d'Alfred Hitchcock".

Que Sa Majesté permette à mon humble personne d'apporter quelques précisions. J'espère que Son Altesse La Dominante n'en voudra pas trop au dominé que je suis ...

Il existe deux versions de The man who knew too much, l'une réalisée vers 1934, l'autre réalisée vers 1956.

Sainte Anne l'ignorant, Elle n'a pas précisé à quelle version Elle se réfère.

L'opus de 1934 n'est pas si mauvais.

Certes, celui de 1956 n'est pas le meilleur Hitchcock, loin s'en faut ...

Mais, si j'osais prétendre apprendre quoi que ce soit à Sa Sainteté, je Lui signalerais que cette version de 1956 comporte l'une des scènes les plus formidables qu'ait signées le maître : le fameux concert au cours duquel le meurtre doit être commis (notre extrait).

Qu'importe, après tout ! Que cela n'empêche pas Sa Royauté d'expédier le film comme Elle le fait ...

Je m'excuse d'avoir été si outrecuidant envers Ma Supérieure.

D'autant qu'Elle n'est pas la seule vedette du journalisme à étaler Son ignorance avec une telle insouciance.

Un jour, à la radio, j'entendais Le Pape Jean-François Kahn. Il lâcha quelque chose du genre : "Le film Little Cesar, avec ce gangster joué par James Cagney".

Il aurait dû mieux préparer Son topo, ou mieux choisir Ses nègres. Little Cesar a pour acteur principal ... Edward G. Robinson, et non James Cagney.

J'espère que Son Excellence ne m'en voudra pas d'avoir osé relever Son erreur. Où va-t-on si les serviteurs tels que moi, ceux que Monsieur Kahn appellerait les boniches, se mettent à jouer les professeurs ?





277e filmographie

277e filmographie

Deux partitions pour une grève



Стачка (La grève, 1925) d'Eisenstein, peut être visionné en deux copies, avec deux musiques différentes.

L'une (ci-dessus) a été composée récemment par Pierre Jodlowski pour la cinémathèque de Toulouse. L'autre (ci-dessous) est constituée de morceaux signés Chostakovitch pour une restauration soviétique de 1969.

C'est l'occasion de constater à quel point l'accompagnement sonore d'un film muet en modifie la perception.






Feu Mathias Sandorf (bientôt illustré par des extraits de films)



Analyse des rapports entre quatre films :

Mathias Sandorf (1921), de Henri Fescourt, d'après Jules Verne (1828-1905) : Sandorf est un opposant au régime. Il est dénoncé par des hommes qui veulent s'emparer de sa fortune. Emprisonné, il parvient à s'échapper. Mais, poursuivi, il est obligé de se jeter à l'eau. Quelque temps après, ses vêtements sont retrouvés. On conclut à sa noyade ... Des années plus tard, apparaît un mystérieux personnage, Antekirtt ...

Feu Mathias Pascal (1924), de Marcel L'Herbier, d'après Luigi Pirandello (1867-1936) : Mathias Pascal épouse une jeune femme dont il a une fille. Mais, la mésentente entre les deux époux ne tarde pas à s'installer, sous l'influence de la belle-mère. Le même jour, Mathias perd sa maman et son enfant, qui meurent. Il quitte la région. Dans un train, il apprend qu'un corps en décomposition a été retrouvé dans l'eau ... et que ce corps a été pris pour le sien ...

Le comte de Monte-Cristo (1942), de Robert Vernay, d'après Alexandre Dumas (1802-1870) : Edmond Dantès est injustement accusé de comploter contre le pouvoir. Mis au cachot, il parvient à s'en évader. Devenu le riche comte de Monte-Cristo, il ne songe plus qu'à se venger ...

La mort aux trousses (1959), d'Alfred Hitchcock (titre original : North by northwest) : un publicitaire est pris pour l'insaisissable espion Kaplan. A ce titre, il est victime d'une tentative de meurtre. Il est obligé de se mettre dans la peau de Kaplan pour sauver la sienne propre et neutraliser ceux qui ont juré sa mort ...



Une affiche de La mort aux trousses
Personne n'en doute : il est mort. Qui ? Mathias.
La preuve : dans l'eau, on a retrouvé ses vêtements. C'en est bien fini de Mathias Sandorf.
C'en est bien fini, aussi, de Mathias Pascal. Car c'est son cadavre que l'on a repêché, décomposé.
Par une étrange fatalité, les deux hommes au même prénom, disparaissent de la même manière. Tous deux passent pour noyés. Et tous deux, en réalité, bien vivants, partent loin de la terre originelle.

Fuir l'uniforme

Car Mathias fuit.

Sandorf réussit à s'évader de prison. Il est poursuivi par des espèces de policiers ou de soldats. Ils sont sur le point de le rattraper. Pour lui, pas d'autre issue que de se jeter à l'eau. En évitant les balles adverses.

Pascal n'est pas traqué par les forces de l'ordre. Lui quitte son épouse, sa belle-mère, une famille qui n'est pas la sienne, une vie qui n'est pas la sienne.
Et pourtant, il en vient aussi à craindre l'uniforme; à détaler quand il en voit un.
Arrivé à Rome, il descend à l'hôtel Excelsior. Là, on lui demande de remplir une fiche de police. Cela le fait littéralement paniquer. Il doit y indiquer notamment son nom. Or, il n'a plus de nom, puisque Mathias Pascal est mort. Il ne songe plus qu'à une chose : déguerpir le plus vite possible.
D'autant qu'il est très impressionné par une sorte de groom : un grand gaillard, qui le regarde avec suspicion. Un individu d'autant plus intimidant qu'il porte une sorte d'uniforme et, curieusement, des médailles à la poitrine. C'est à cet hybride de groom, de policier et de militaire que Pascal veut échapper; c'est une fiche de police qui l'oblige à filer.

A ces figures de la contrainte, se rattache le contrôleur, en tenue de travail, lui aussi. Dans un express, il demande son ticket à Pascal. Or, celui-ci est en train de lire un ouvrage sur la liberté. Une notion dont, à ce moment précis, un intertitre parle; ironiquement, puisqu'elle est immédiatement démentie par le contrôle des billets.

Mathias, donc, fuit le costume.



Celui des autres, mais aussi le sien.

Changer de peau

On l'a noté, Sandorf passe pour décédé parce qu'on retrouve ses haillons; donc, parce qu'il en est dépouillé.
Lorsqu'il gagne Rome, Pascal arbore une tenue chic qui le fait remarquer. Ensuite, il s'en débarrasse - donc, en somme, s'en dépouille - pour un complet moins voyant. Plus tard encore, il se réapproprie son identité de Mathias Pascal. Alors, il tue symboliquement l'homme nouveau, mais sans nom, qu'il était devenu. Et c'est par son accoutrement qu'il le supprime : il tire une balle de pistolet dans son chapeau. Puis, il le jette dans la rivière. Comme s'il ramenait à sa plus simple expression ce qui arrive à l'autre Mathias. Car cette balle dans un chapeau balancé à l'eau, rappelle curieusement Sandorf : celui-ci, pourchassé par les forces de l'ordre, plonge dans l'eau tandis que ses poursuivants lui tirent dessus.

Se débarrasser de ses vêtements, c'est muer; se métamorphoser en une autre personne; changer de peau, comme dit l'expression.
Il s'agit de mourir à sa vie passée pour renaître à une nouvelle existence.

Grâce à l'eau.


Renaître par l'eau

On ne croit pas Mathias brûlé, ou coupé en morceaux, mais noyé. Une immersion conforme à toutes les légendes, à tous les mythes, à toutes les religions, où l'eau est associée à la (re)naissance. L'eau du baptême. L'eau du fleuve auquel est abandonné un bébé. Pour ne citer que ces exemples.

La symbolique de la gestation joue tellement que certains la rapprocheront du liquide amniotique.

Après ses années d'absence, Sandorf revient en yacht. Il dispose également d'un sous-marin. Autant d'appareils que l'on pourrait comparer à des berceaux ... ou à un ventre maternel. Singulièrement le submersible : le proscrit y est comme réfugié en un cocon lui-même entouré de la mer dans laquelle il se renferme. Un submersible qui apparente Sandorf au capitaine Nemo de 20 000 lieues sous les mers. Ou ...

au comte de Monte-Cristo. Monte-Cristo, alias Edmond Dantès, est, d'emblée, lié au bateau : l'histoire commence alors qu'il ramène un navire en France. Lui aussi, tout le monde le pensait mort. Le vaisseau ayant du retard, tous l'imaginaient coulé, son équipage englouti.
Plus tard, Dantès est emprisonné dans une forteresse située sur une île : vague équivalent du sous-marin entouré d'eau. Une île qui, elle aussi, fait penser au capitaine Nemo et à son île mystérieuse.

La manière dont Dantès réussit à s'échapper, en rajoute sur la symbolique de la renaissance. Un autre détenu, un abbé, meurt; les geôliers mettent son corps dans un sac, qu'ils flanquent à la mer. En réalité, Dantès a pris la place du trépassé.

Ainsi, il passe pour le cadavre d'un co-détenu.
Cependant qu'un cadavre passe pour Pascal; puisqu'un corps en décomposition a été pris pour celui de Mathias.

Une fois dans les flots, Dantès s'extrait du sac et nage jusqu'à ce qu'une barque le recueille. Ce sac, cette eau, cette embarcation figurent, de toute évidence, une véritable traversée du placenta. Une plongée dans un nouveau liquide maternel, dans un nouveau ventre; d'où l'on s'expulse ensuite pour une nouvelle venue au monde, et un nouveau berceau.


Ressusciter soi-même ... et autrui

La séance de spiritisme dans Feu Mathias Pascal; à gauche, l'acteur Ivan Mosjoukine
L'océan, le bateau, sont tellement corrélés à la (re)naissance, qu'à la fin de l'histoire, Monte-Cristo ressuscite (selon ses propres termes) le Pharaon, un voilier appartenant à un ami. La disparition de ce vaisseau signifiait la faillite de cet ami. Ainsi que sa mort : il était sur le point de se suicider. Mais, apercevant le Pharaon, et sa ruine étant évitée, il renonce à son funeste projet; il renaît à la vie, selon l'expression consacrée.

Monte-Cristo a donc sauvé et le Pharaon et son propriétaire.

Or, Sandorf détient le pouvoir de ressusciter réellement. C'est ainsi qu'il ramène à la vie un jeune homme tué par des malfrats. Pendant son exil sur une île merveilleuse (à moins qu'il ne faille écrire mystérieuse ...), Antekirtta, on lui a révélé cet art; ainsi que beaucoup d'autres secrets auxquels les autres hommes n'ont pas accès. Sa science est en avance sur celle de son temps. Par exemple, il possède un sous-marin, engin fantastique pour l'époque.

Monte-Cristo aussi acquiert des connaissances étendues. Et cela, pendant sa captivité. Cette dernière, rappelons-le, a lieu aussi sur une île. Son compagnon d'infortune, l'abbé, lui enseigne des tas de choses. D'ailleurs, Dantès dit expressément que son emprisonnement à côté de cet abbé lui a permis d'apprendre de celui-ci l'Histoire, les sciences etc.

Quant à Pascal, il n'est pas pourvu de dons magiques, voire para-divins. Toutefois, l'irrationnel n'est pas loin. Car, à Rome, il a affaire à un charlatan qui prétend communiquer avec l'au-delà et faire parler les morts. Cela nous vaut une séquence de spiritisme. Les mains y jouent un grand rôle. En effet, les participants doivent poser les leurs sur la table autour de laquelle ils s'assemblent. Cela pourrait sembler une parodie; car c'est précisément en apposant ses mains qu'Antekirtt ressuscite les gens.
Le pastiche est patent lorsque Pascal retourne chez sa femme. La belle-mère est terrorisée par ce qu'elle croit être un fantôme. Lui joue le jeu et s'amuse à l'effrayer.


Se remettre à flot

Donc, l'on ressuscite.

Sans mauvais jeu de mots, on se remet à flot.

A Antekirtta, Sandorf devient riche; par une espèce de coup de chance, il hérite de la fortune d'un étranger.

Dantès aussi trouve sa chance sur une île. Dans sa prison, donc sur l'île où elle se situe, il apprend de son co-détenu un secret lui-même lié à une île. En effet, l'abbé lui fournit un plan. Grâce à ce dernier, Dantès pourra dénicher un trésor enfoui sur l'île de Monte-Cristo. En quelque sorte, donc, l'abbé lui lègue son secret, son plan, son trésor.

Veine extraordinaire enfin pour Pascal. Au casino de Monte-Carlo (donc, en bord de mer), il remporte le pactole.


Changer de nom

Sandorf change de patronyme : il s'appellera désormais Antekirtt, qu'il tire d'Antekirtta, l'île où on l'a recueilli.
Dantès change d'état-civil également. Il prend le nom même de l'île où il a déterré une cagnotte : dorénavant, il est le comte de Monte-Cristo.

Inutile de souligner la parenté entre ces pseudonymes. Qui, du reste, sont composés sur le même mode :

Antekirtt est moulé sur
Antekirtta, kirtta étant l'anagramme de kritta, qui nous dirige vers
Monte-Cristo, lequel nous mène à
Monte-Carlo


La référence Christique

Cristo dévoile la référence Christique, présente aussi dans kirtta et son anagramme kritta.
Ainsi que dans Mathias : car ce prénom est celui d'un apôtre, saint Mathias, disciple de Jésus.
Quant à Pascal, il se réfère à Pâques, fête qui commémore la résurrection du Christ.

Or, nous l'avons souligné, Monte-Cristo, Antekirtt et les deux Mathias vivent une renaissance. Ils s'apparentent également à Jésus par leurs souffrances. Tout comme Lui, ils sont, en quelque sorte, sacrifiés. Tout comme Il a connu la Passion, ils subissent des épreuves. Tout comme Il a été trahi par Judas, ils sont victimes de fourbes et de traîtres.






Les jaloux

Dantès et Mercédès
Sandorf est dénoncé :
1 par des individus qui veulent son argent. En effet, les autorités promettent à toute personne qui permettra la capture du comploteur, 80% des biens appartenant à ce dernier. Du reste, les délateurs ne s'en contentent pas; Sanforf incarcéré, ils lui volent sa fille : l'un se fait passer pour le père; l'autre tentera, plus tard, de l'épouser, de force s'il le faut. Objectif : s'approprier les 20% de l'héritage paternel non inclus dans la prime de dénonciation. Enfin, les mêmes voudront s'emparer de la fortune d'Antekirtt, sans savoir qu'Antekirtt et Sanforf ne font qu'un.
2 par un mauvais garçon jaloux (interprété par l'acteur Gaston Modot); celui-ci aime une jeune femme qui vit avec son père; mais elle le dédaigne; elle va même jusqu'à cacher Sandorf lorsqu'il est en cavale. Le mauvais garçon prévient la police. Bon moyen de faire d'une pierre deux coups : se débarrasser et de Sandorf et du papa de la demoiselle, qu'ensuite il essaie de prendre par la force.

Dantès est injustement dénoncé par des crapules :
1 un marin, dépité qu'Edmond ait été nommé capitaine à sa place
2 un ambitieux qui convoite Mercédès, laquelle le rejette et se fiance avec Dantès.

Ainsi, tant pour ce dernier que pour Sanforf, le ressort de l'envie est essentiel. Envie en amour. Ou en affaires. Les ennemis du personnage principal souhaitent s'approprier la femme qui lui est destinée, la fortune qui lui appartient, la place qui lui échoit. En somme, ils désirent lui voler sa vie. Et, de fait, ils l'en dépouillent. Si bien que le héros se retrouve privé de tout ce qui fait sa personne même. Il n'a donc plus qu'à mourir à tout cela pour devenir un autre, pour renaître à une autre existence.

Ce schéma apparaît comme transposé dans Feu Mathias Pascal.
Un ami de Pascal aime une jeune femme, qui aime Mathias. Pour autant, les deux hommes restent camarades. Pascal épouse la demoiselle. Puis, il disparaît. Lorsqu'il revient, bien plus tard, elle s'est remariée avec le copain et en a eu un enfant. Pascal repart et les laisse ensemble. Ici, donc, il n'y a pas dénonciation par un amoureux dépité. Au contraire, les deux messieurs sont et demeureront amis. Il n'en est pas moins vrai que le héros sera finalement dépossédé de sa moitié, qui appartiendra à un autre; tandis que Mathias s'en va rejoindre une partenaire qu'il a connue ailleurs.
De même, Dantès est arraché à sa bien-aimée, Mercédès, le soir de ses fiançailles. Il est jeté en prison. Sans nouvelles de lui, Mercédès l'attend XXXX ans. Résignée, elle se marie ... avec l'un de ceux qui ont accusé Edmond, ce qu'elle ignore. A la fin, elle et celui qui est devenu Monte-Cristo se revoient, se parlent. Il avoue n'avoir jamais adoré qu'elle; mais il s'expatrie, pour toujours; avec une femme qu'il a rencontrée en Orient.

Au passage, remarquons que cette Orientale a eu à souffrir du même fourbe qui a ravi sa fiancée à Dantès. Ce fourbe, lors d'une guerre, a livré la jeune fille et son père aux Turcs. C'est à peu près ce que fait Gaston Modot dans Mathias Sandorf : il dénonce aux autorités la demoiselle et son père, qui ont aidé Sandorf; si bien que le papa est envoyé au bagne.



Toujours sans leur fille

On est donc séparé de sa compagne. Mais, aussi, de sa fille.

Sandorf est incarcéré, puis obligé de s'exiler. Il ressurgit, des années après. Il ne sait pas que l'enfant d'un de ses ennemis, n'est autre que sa propre fille à lui, Sandorf. Son adversaire l'a, en quelque sorte, subtilisée et s'est fait passer pour le père. Cela afin de mettre la main sur les 20% de l'héritage paternel dont elle n'a pas été spoliée.

Avant qu'on le croie mort, Pascal a eu une fille. Or, il en est déjà quelque peu écarté par son épouse. Celle-ci ne veut pas qu'il touche au bébé. A chaque fois qu'il veut jouer avec, le prendre dans ses bras, la mère grogne quelque chose comme : "Laisse ma fille tranquille". La bambine décède en bas âge : Pascal la perd donc pour de bon.
Le même jour, il perd également sa vieille mère, qui s'éteint.

Le père de Dantès meurt pendant que son fils est en prison.

Dans Mathias Sandorf, c'est son fils dont une maman est privée, puisqu'il est tué; avant d'être ressuscité par Antekirtt.

On l'aura noté : les personnages ont soit un papa (Dantès; l'Orientale dont il devient le compagnon et que le traître avait livrée aux Turcs; la demoiselle qui aide Sandorf; l'hôtelière dont Pascal tombe amoureux à Rome; la fille de Sandorf lui-même, puisque sa prétendue génitrice, en réalité, ne l'est pas); soit une maman (Pascal; son épouse; le jeune qui succombe et qu'Antekirtt ramène à la vie); pas les deux à la fois.
Quant à Sandorf, il n'a pas de parents du tout.






Au voleur ...

Enfin, on est dessaisi de ses biens.

On l'a rappelé, Sandorf est la cible de vauriens qui usurpent sa fortune.
La famille Pascal est grugée par un notaire véreux. Ce dernier achète leur maison à un prix bien inférieur à sa valeur réelle.
Quant à la belle-mère de Pascal, il est spécifié expressément qu'elle est intéressée. Du reste, elle s'entend très bien avec le notaire.

Des vengeances similaires

Pierre Richard-Willm est le comte de Monte-Cristo
Les vengeances de nos personnages s’accomplissent de manières similaires.

1 s’ils sont victimes de félons, ils sont ensuite aidés par des serviteurs fidèles :
Sandorf peut se fier notamment à la paire d’amis que forment le costaud et le nain.
Monte-Cristo est secondé par un ancien contrebandier. Du reste, les intérêts de ce dernier rencontrent celui du comte. Il a un compte personnel à régler avec le Procureur du Roi, celui-là même qui fit emprisonner Dantès.
Quant à l'Orientale, elle aussi a des griefs propres concernant l'un des adversaires de Monte-Cristo : le Pair de France; jadis, il les a vendus aux Turcs, elle et son père.

Dans Mathias Sandorf, la jeune femme qui cache l'opposant en cavale, nourrit une rancoeur vis-à-vis du mauvais garçon qui les a littéralement livrés à la police, elle et son papa. Ce mauvais garçon est son ennemi tout autant que celui de Sandorf.

2 Celui-ci amène tous les protagonistes sur Antekirtta. Là, les gentils seront gratifiés et les méchants punis.
Le deuxième épisode du Comte de Monte-Cristo, débute par un résumé du premier. Ce résumé s'achève par l'annonce que Dantès a récompensé les bons et qu'il va maintenant châtier les coupables.

3 Sandorf organise une mise en scène. Il a capturé ses bourreaux. Et il se montre à eux, non pas comme Antekirtt, mais comme Mathias Sandorf. Il a troqué la tenue du premier pour celle du second. Alors, ses ennemis le reconnaissent. Ils ont du mal à réaliser; puisqu'ils le croyaient décédé et n'avaient pas soupçonné qu'il pût ne faire qu'un avec Antekirtt.

Monte-Cristo s'arrange pour que le Pair de France soit démasqué aux yeux de la société. Déshonoré, rageur, le Pair se rend chez ce noble mystérieux. Celui-ci a abandonné son personnage et sa tenue de comte. Il se présente au Pair en tant qu'Edmond Dantès, et dans le costume même qu'il portait le soir où, jadis, on l'arrêta. Alors, le Pair comprend que Monte-Cristo et Dantès ne font qu'un.

Ces scènes sont comme pastichées dans Feu Mathias Pascal. Pascal retourne chez lui, où tous le pensent mort. Sa belle-mère est effrayée d'abord, comme si elle avait affaire à un fantôme. Cependant, loin de chercher une revanche, Mathias les laisse à leur petite vie tranquille. Il est pressé de retrouver son hôtelière à Rome. Au demeurant, en quittant définitivement son village d'origine, il agit comme Sandorf, qui s'installe à Antekirtta. Et comme Monte-Cristo, qui, vengeance accomplie, repart pour toujours.

En définitive, Mathias Sandorf, Le comte de Monte-Cristo, Feu Mathias Pascal, sont autant d'histoires aux structures étroitement apparentées.
Singulièrement les deux premières. D'ailleurs, Jules Verne aurait adressé son roman à Alexandre Dumas fils en ces termes : "Je vous dédie ce livre en le dédiant aussi à la mémoire du conteur de génie que fut Alexandre Dumas, votre père. Dans cet ouvrage, j'ai essayé de faire de Mathias Sandorf le Monte-Cristo des Voyages Extraordinaires (...)" (Les Voyages Extraordinaires, titre de la série sous laquelle Verne publia ses romans chez l'éditeur Hetzel).
Quant à Mathias Pascal, il affronte des épreuves qui apparaissent comme une transposition atténuée de celles que subissent Sandorf et Monte-Cristo.
Il en est de même dans une oeuvre qui, a priori, aurait pu sembler fort éloignée des trois autres.

La suite de notre étude (Le mystérieux George Kaplan), consacrée aux rapports entre les films que nous venons d'analyser, d'une part, et La mort aux trousses, d'autre part, est accessible moyennant une somme modique de 5 euros. Une fois effectué le paiement sécurisé, vous pourrez accéder à cette seconde partie de notre article. Cliquez sur la flèche :
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La banque Nemo, un film d'une brûlante actualité



Réalisé vers 1934, l'opus de Marguerite Viel retrace l'ascension sociale d'un arriviste qui ne recule devant aucune manoeuvre pour parvenir au sommet.

Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il est au moins une scène qu'il faut voir, aujourd'hui en 2013, tant elle paraît d'actualité : le conseil des ministres (notre extrait). A l'époque, cette scène, qui montre ces messieurs sous leur jour véritable, aurait d'ailleurs été censurée, coupée.

Certains prétendront que nous sommes dans la caricature : au contraire, il nous paraît que nous sommes encore au-dessous de la réalité, de notre réalité.

Toute ressemblance avec des personnages et des faits existant aujourd'hui constitue, sans doute, une coïncidence ...

Il n'empêche que l'on croirait entendre parler d'affaires actuelles, récentes, quand, par exemple, le président du Conseil rappelle au ministre des colonies qu'il a concédé des terrains à l'affairiste alors que ses subordonnés le lui avaient déconseillé; ou lorsque la question est posée de savoir comment le banquier véreux peut être en possession de documents qui auraient dû rester entre les mains du même ministre ...

Frappants échos encore avec la situation actuelle quand on rappelle au président du Conseil qu'il a plaidé pour le banquier il y a six mois ...

Aura-t-on la cruauté de remarquer aussi combien est ressemblant ce personnage d'imbécile qui tient à son poste parce qu'il est ministre pour la première fois, et depuis si peu de temps, alors qu'il était député depuis quinze ans ...

Oui, tout cela ressemble horriblement à ce qu'aujourd'hui, nous vivons en pire ...







Alfred sur les traces d'Agatha ?

Alfred sur les traces d'Agatha ?

Eclairages vous présente une nouvelle étude sur Hitchcock. Intéressons-nous plus particulièrement à ses rapports avec une Anglaise célèbre ... "la reine du crime" ... Agatha Christie. Nous allons voir que plusieurs films du cinéaste présentent d'étranges ressemblances avec certains livres de sa compatriote.





Quand Kurosawa fait appel à Ravel







Le récit de la femme violentée dans 羅生門 (Rashomon) est accompagné d'une partition inspirée du célèbre Boléro.

Démonstration en images et en musique avec l'extrait du film et le final de l'opus ravélien.













Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu


Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".






Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.


Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que : toujours, parfois. N'écrit-il pas : "Le cinéaste semble toujours dubitatif" ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce "toujours" ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le "toujours". La formulation même : "Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance" etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.

"Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance" etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce "toujours", à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.





La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.







L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro


Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
21 juillet 2005

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.




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Répertoire des films noirs américains



Eclairages met en ligne un répertoire des films noirs américains, classés par compagnie cinématographique et par ordre alphabétique.

Pour chaque film, le générique, le résumé, des photogrammes et un ou plusieurs extraits.

Le répertoire sera progressivement enrichi.









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