Hédy Sellami présente
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Extraits à venir sur Eclairages

Extraits à venir sur Eclairages
Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

Miss Mend, de Barnet et Ozep

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






D'Arsenal à L'assassin habite au 21

D'Arsenal à L'assassin habite au 21


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Danse et cinéma; Rêves de chaque nuit; La divine; et The lodger en ciné-concerts; des classiques français; L'ange bleu; Le bossu; John Huston; Welles; Jean Rouch; Ex-lady; Knock; Danielle Darrieux; un cycle Scénaristes et dialoguistes; ou encore Clouzot.

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Pour la diffusion de films muets à la télévision publique


Quoi qu'en disent certains, la connaissance et la publication des films muets restent faibles, fragmentaires.

C'est particulièrement le cas des films français.

Voici qui est tout de même stupéfiant : on ne peut trouver en DVD qu'une infime minorité des oeuvres les plus marquantes signées par les cinéastes les plus célèbres : Gance, Dulac, L'Herbier, Antoine, Epstein (1) ...

Il faut parfois chercher chez des éditeurs étrangers pour dénicher une oeuvre !

Et ne parlons pas des réalisateurs davantage négligés encore : les Roussel, les Kemm, les Lion, les Hervil, les Poirier ...

N'est-il pas pour le moins étrange que ces cinégraphistes soient littéralement interdits d'antenne dans leur propre pays ?

Pour ne citer que ce seul exemple, combien de films signés Baroncelli la télévision française a-t-elle diffusés depuis qu'elle existe ?

Il ne serait pas scandaleux qu'une chaîne publique projette, ne serait-ce qu'une fois par mois, un film français muet.

Cela n'apparaîtrait tout de même pas disproportionné par rapport au nombre de gens intéressés, certes faible.

France 5 diffusant déjà des documentaires, France 3 le Cinéma de minuit, France 2 (irrégulièrement et très tard) le Ciné-club, France 4 pourrait être tenue de respecter ce minimum que l'on serait en droit d'attendre du service public.


(Notre illustration : Monte-Cristo (1929) de Fescourt : le crime dans l'auberge).




(1) ajouté le 29 mai 2014 : Epstein fait maintenant l'objet d'une édition en dvd.


Grands journalistes ou grands ignares ?

Grands journalistes ou grands ignares ?


Madame La Très Grande Journaliste Anne Sinclair, Directrice Editoriale du Bluffington Post, commence l'un de Ses éditos par : "L'homme qui en savait trop est un mauvais film d'Alfred Hitchcock".

Que Sa Majesté permette à mon humble personne d'apporter quelques précisions. J'espère que Son Altesse La Dominante n'en voudra pas trop au dominé que je suis ...

Il existe deux versions de The man who knew too much, l'une réalisée vers 1934, l'autre réalisée vers 1956.

Sainte Anne l'ignorant, Elle n'a pas précisé à quelle version Elle se réfère.

L'opus de 1934 n'est pas si mauvais.

Certes, celui de 1956 n'est pas le meilleur Hitchcock, loin s'en faut ...

Mais, si j'osais prétendre apprendre quoi que ce soit à Sa Sainteté, je Lui signalerais que cette version de 1956 comporte l'une des scènes les plus formidables qu'ait signées le maître : le fameux concert au cours duquel le meurtre doit être commis (notre extrait).

Qu'importe, après tout ! Que cela n'empêche pas Sa Royauté d'expédier le film comme Elle le fait ...

Je m'excuse d'avoir été si outrecuidant envers Ma Supérieure.

D'autant qu'Elle n'est pas la seule vedette du journalisme à étaler Son ignorance avec une telle insouciance.

Un jour, à la radio, j'entendais Le Pape Jean-François Kahn. Il lâcha quelque chose du genre : "Le film Little Cesar, avec ce gangster joué par James Cagney".

Il aurait dû mieux préparer Son topo, ou mieux choisir Ses nègres. Little Cesar a pour acteur principal ... Edward G. Robinson, et non James Cagney.

J'espère que Son Excellence ne m'en voudra pas d'avoir osé relever Son erreur. Où va-t-on si les serviteurs tels que moi, ceux que Monsieur Kahn appellerait les boniches, se mettent à jouer les professeurs ?





277e filmographie

277e filmographie

Deux partitions pour une grève



Стачка (La grève, 1925) d'Eisenstein, peut être visionné en deux copies, avec deux musiques différentes.

L'une (ci-dessus) a été composée récemment par Pierre Jodlowski pour la cinémathèque de Toulouse. L'autre (ci-dessous) est constituée de morceaux signés Chostakovitch pour une restauration soviétique de 1969.

C'est l'occasion de constater à quel point l'accompagnement sonore d'un film muet en modifie la perception.






Humphrey Jennings (1907/1950)

Humphrey Jennings, documentariste anglais qui serait né le 19 août 1907 et se serait éteint le 24 septembre 1950.
Il aurait tout d'abord dessiné des décors de théâtre. Tout en s'adonnant à la peinture, qui serait restée l'une de ses passions.
Il aurait été l'un des organisateurs de l'exposition internationale surréaliste, à Londres, en 1936.
Vous trouverez ci-dessous une liste de films qu'il a signés, plus quelques bandes réalisées par certains de ses proches. Cette filmographie est basée sur la rétrospective organisée par la cinémathèque française en 2007. Pour les oeuvres que nous avons vues dans le cadre de cette rétrospective, nous fournissons un résumé un peu plus détaillé. Pour les opus que nous n'avons pas vus, nous préférons parler au conditionnel.






Humphrey Jennings réalisateur

Humphrey Jennings (1907/1950)


1934




Poste Haste, de Humphrey Jennings


Documentaire qui conterait l'histoire de la poste britannique (appelée GPO).








The story of the wheel, de Humphrey Jennings

A peu près 10 minutes.

Documentaire retraçant les étapes qui ont conduit à l'invention de la roue, depuis l'homme primitif jusqu'à la vapeur.
Les démonstrations s'effectuent notamment avec des espèces de petites poupées (immobiles, il ne s'agit pas d'un film d'animation) et une voix off qui fournit les explications.
Si l'on en croit ce documentaire, les premiers humains auraient remarqué que les objets qu'ils traînaient, glissaient mieux sur des cailloux ronds. D'où l'idée de les faire avancer sur des rondins de bois. Au début, ces rondins n'étaient pas attachés à la chose transportée. Il fallait donc les déplacer au fur et à mesure qu'elle progressait. Puis l'idée serait venue de les y lier. Enfin, on aurait évidé la partie centrale du rondin, celle qui se trouvait sous la charge : ainsi, il y aurait eu comme une barre avec, de chaque côté, deux disques, qui se rapprochaient de la roue.
Sont également évoquées les innovations dans la construction des routes, singulièrement avec les Romains. Au cours du Moyen-Age, les chemins auraient été laissés plus ou moins à l'abandon. Il aurait fallu attendre le 17e siècle de notre ère pour qu'ils soient à nouveau améliorés, après les perfectionnements de la roue au 16e siècle.
Le film achève son tour d'horizon par les 18e et 19e siècles, avec la vapeur, de laquelle, selon le commentaire, date une nouvelle époque.









1935




Locomotives

Documentaire qui retracerait l'histoire des locomotives à vapeur.








1937




Farewell topsails, de Humphrey Jennings

Couleur par procédé Dufaycolor. A peu près 10 minutes.

Documentaire qui évoque l'exportation du kaolin. Mais, surtout, la disparition des bateaux à voile. On nous montre, avec nostalgie, quelques-uns des derniers à naviguer encore.









Penny journey : the story of a postcard from Manchester to Graffham, de Humphrey Jennings

Documentaire/fiction. Noir et blanc. A peu près 7 minutes.

Cheminement d'une carte postale de Manchester au petit village de Graffham, au sud-est de la grande ville.
Vers 18 heures, un garçon de Manchester expédie une carte postale qu'il a écrite pour sa grand-mère, laquelle vit à Graffham. Le courrier est trié, acheminé par train puis camion, enfin distribué. Le facteur peut ainsi donner la carte à sa destinataire dès le lendemain matin.









1938




The farm, de Humphrey Jennings

Couleur par Dufaycolor. A peu près 10 minutes.

Documentaire qui nous montre les travaux des champs, fauchage, moissonnage, avec un commentaire dit par une voix off. Les images de cette bande se retrouvent dans English harvest, avec un commentaire un peu différent.









Making fashion, également connu sous le titre Design for spring, de Humphrey Jennings

Couleur par Dufaycolor. La bande projetée à la cinémathèque française le 16 novembre 2007, ne serait qu'un extrait, qui durait à peu près 10 minutes.

Les robes du couturier anglais Norman Hartnell sont portées par des mannequins, qui défilent. Une voix off nous signale que ce couturier s'est inspiré notamment de la mode antique (Grèce surtout, mais aussi Egypte).









Speaking from America, de Humphrey Jennings

Bande qui durerait à peu près 10 minutes.









1939




English harvest, de Humphrey Jennings

Couleur par Dufaycolor. A peu près 10 minutes.

Il s'agit, grosso modo, des mêmes images que dans The farm, avec un commentaire un peu différent, prononcé par une voix off.











The first days, connu également sous le titre A city prepares, réalisé par Humphrey Jennings en collaboration avec Harry Watt et Pat Jackson

Documentaire qui durerait à peu près 25 minutes. Il montrerait les Londoniens se préparant aux hostilités après l'entrée en guerre de l'Angleterre en 1939.










Spare time, de Humphrey Jennings

Documentaire noir et blanc. A peu près 15/20 minutes.

Les loisirs des travailleurs de trois grandes branches de l'industrie : participer à des chorales, jouer aux cartes, assister à des matches de football, faire du vélo, etc.









S.S. Ionian, de Humphrey Jennings. Egalement connu sous le titre Her last trip et sous le titre Cargoes.

Documentaire. Noir et blanc. A peu près 15 minutes.

Le navire marchand Ionian (l'Ionien) effectue un aller-retour Angleterre/Chypre/îles grecques/Egypte/Palestine/Angleterre.
Il exporte des pièces détachées (peut-être aussi des explosifs, si notre mémoire ne nous trompe pas). Il ramène de l'huile (sauf erreur).
Le commentaire, prononcé par une voix off, insiste sur le fait que bateaux anglais de guerre et marchands forment, en somme, un tout : les premiers protègent les seconds. La voix off déclare que la marine britannique est la plus grande au monde.








1940




London can take it !, également connu sous le titre Britain can take it !. Réalisé par Humphrey Jennings en collaboration avec Harry Watt

Documentaire qui durerait à peu près 10 minutes. Il montrerait les Londoniens continuant à vivre malgré les bombardements allemands, pendant la deuxième guerre mondiale.
En France, aurait été commercialisée une version intitulée Londres l'invincible.










Welfare of the workers, de Humphrey Jennings

Documentaire qui durerait à peu près 10 minutes. Il montrerait les travailleurs anglais soumis aux dures conditions entraînées par la deuxième guerre mondiale.









Spring offensive, également connu sous le titre An unrecorded victory, de Humphrey Jennings

Documentaire. A peu près 20 minutes.

Cette bande joue sur l'expression "spring offensive" en mettant en parallèle deux offensives de printemps : 1 celle des travaux agricoles 2 celle qui est liée à la guerre.
Une famille d'agriculteurs accueille un garçon de la ville, qui doit avoir dans les 13 ans. C'est l'union des citadins et des ruraux qui est ainsi demandée. On nous fait comprendre que les hostilités se gagneront aussi sur le front de l'alimentation : il faut que l'Angleterre puisse nourrir sa population. Pour ce faire, les paysans mettent de nouvelles terres en culture, encouragés en cela par des primes.










1941




The heart of Britain, de Humphrey Jennings. Egalement connu sous les titres This is England et Undaunted

Documentaire qui durerait à peu près 10 minutes. Il s'agirait de Liverpool, soumise aux bombardements allemands pendant la deuxième guerre mondiale.








Words for battle, de Humphrey Jennings


Documentaire qui durerait à peu près 8 minutes.
Le commentaire serait déclamé par l'acteur Laurence Olivier (1907/1989). Celui-ci lirait des oeuvres d'écrivains anglais. On entendrait aussi un discours de Churchill et un autre de Lincoln.








1942




Listen to Britain, de Humphrey Jennings. Réalisé en collaboration avec Stewart Mac Allister

Documentaire qui durerait à peu près 20 minutes.









1943




Fires were started de Humphrey Jennings. Egalement connu sous le titre I was a fireman

Documentaire qui durerait à peu près 1h15. Il s'agirait des pompiers pendant le Blitz (le Blitz désigne la campagne de bombardements aériens menée par les Allemands contre l'Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale).










The silent village, de Humphrey Jennings

Noir et blanc. A peu près 30 minutes.

Documentaire qui met en parallèle deux villages de mineurs, l'un au Pays de Galles, l'autre - Lidice - en Tchécoslovaquie. Les habitants du village gallois reconstituent la vie à Lidice, avant et après son invasion par les nazis, pendant la deuxième guerre mondiale.
Dans une première partie, avant l'arrivée des Allemands, est menée une existence paisible : travail à la mine, épouses qui s'occupent de la maison, enfants à l'école ...
Jusque-là, les situations dans les deux sites, au pays de Galles et en Tchécoslovaquie, sont identiques.
Mais voici que les Allemands occupent Lidice.
Nous entrons dans la deuxième partie : la reconstitution, par les Gallois, de ce qui s'est passé à Lidice.
L'occupant allemand lance d'abord des appels au calme. Il demande aux habitants de faire comme si de rien n'était, de tout continuer comme avant.
Toutefois, rapidement, il montre son vrai visage. Par exemple, les syndicats de salariés sont interdits.
Une grève se déclenche. Les premiers résistants sont abattus. La lutte s'intensifie tout de même : sabotages des mines pour que les nazis ne puissent pas en profiter etc.
A l'école, la langue nationale (ou locale) est proscrite. L'institutrice est obligée de s'incliner, mais elle fait promettre aux élèves qu'ils continueront à l'utiliser entre eux et en famille.
Les autorités allemandes décrètent que toute la population doit être recensée. On exécutera les personnes qui ne l'auront pas été.
Comme la résistance continue, les occupants enjoignent aux villageois de dénoncer ses membres.
Une femme est tuée pour avoir simplement ri, nous est-il dit.
Finalement, c'est le massacre : tous les hommes de Lidice sont abattus; les femmes envoyées en camp de concentration; les enfants remis aux autorités occupantes.
Toutes les maisons sont brûlées. Le village n'est plus que ruines. Les Allemands se targuent d'effacer ainsi jusqu'au nom même de Lidice.
Pourtant, une voix off déclare qu'ils n'y ont pas totalement réussi : personne n'oubliera ce village martyr.
Il est demandé à tous de s'opposer aux nazis afin qu'il n'y ait pas d'autre Lidice.











1944





The eighty days, de Humphrey Jennings

Documentaire qui durerait à peu près 15 minutes. Le commentaire serait d'Ed Murrow.

Le bombardement de Londres par les Allemands pendant 80 jours, lors de la deuxième guerre mondiale.
Une première version, intitulée V1, du nom des missiles allemands, aurait été refusée par le ministère anglais de l'information.









The true story of Lili Marlene, de Humphrey Jennings

Noir et blanc. A peu près 30 minutes.

L'histoire de la fameuse chanson Lili Marlen. Créée à Hambourg (dans les années 1920, si notre mémoire est bonne), elle fut instrumentalisée par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale, devenant comme leur chant de combat.
Mais, elle sera récupérée par les Alliés, notamment après la déroute allemande devant Stalingrad, en 1943. Après cette défaite, il y eut même de nouvelles paroles, inventées par les Alliés, pour démoraliser les Allemands et les inciter à renverser Hitler, pointé comme responsable de cette défaite.
En somme, comment une chanson qui était l'emblème de la conquête nazie, devint le symbole de la victoire alliée.









1945




A diary for Timothy, de Humphrey Jennings

Le commentaire serait de E.M. Forster, et déclamé par l'acteur Michael Redgrave (1908/1985).










1946




A defeated people, de Humphrey Jennings

Noir et blanc. A peu près 15/20 minutes.

Documentaire sur l'Allemagne vaincue, après la deuxième guerre mondiale. On filme notamment le secteur occupé par les Anglais.
Sur fond d'images d'une Allemagne rasée, où tout n'est plus que ruines, le commentaire évoque la puissance destructrice des Anglais ou des Alliés.
On nous montre les Allemands qui dorment dans les rues, dans les caves; qui recherchent femmes, frères, maris disparus; qui se traînent pour aller on ne sait où, le long de routes démantelées. La voix off nous assure qu'il faut les aider à reconstruire une nouvelle Allemagne. A cette fin, il faut leur inculquer une nouvelle mentalité. Car, si on ne les change pas, si on n'éduque pas les jeunes, ils recommenceront et il y aura, tôt ou tard, une troisième guerre mondiale.









1947




The Cumberland story, de Humphrey Jennings

Noir et blanc. A peu près 40 minutes.
En France, fut commercialisée une version plus courte (durant à peu près 30 minutes), sous le titre La mine sous la mer.
Nous avons vu la version anglaise longue.

Il s'agit là encore d'une reconstitution. Des mines du Cumberland sont plus ou moins abandonnées, la productivité est faible, les méthodes anciennes. Un ingénieur est envoyé là-bas pour tenter de dénicher un nouveau filon. Plus exactement, il va essayer de retrouver une veine qu'un homme avait commencé à exploiter au 19e siècle, avant que des inondations meurtrières ne mettent fin à cette exploitation. Les notes de cet homme du 19e siècle vont être utiles pour relancer l'exploration.
Après maints efforts, on finit par repérer la veine principale.
Mais encore faut-il convaincre les mineurs de travailler avec de nouvelles méthodes, en régime de semi-automatisation.
Par ailleurs, on nous explique que bas salaires et bas rendement sont liés. L'ingénieur fait ainsi remarquer que, par rapport à d'autres pays, les Cumberland ont la production et la productivité les plus faibles, mais aussi les salaires les plus bas, si bien qu'il faut une augmentation (raisonnée) des derniers pour relancer les premières.
Un accord salarial est signé.
Donc, tout est bien qui finit bien : l'extraction redémarre. La voix off conjure les mineurs et les ingénieurs d'avoir confiance les uns dans les autres, de collaborer la main dans la main.









1949




The Dim Little Island, de Humphrey Jennings

Noir et blanc. A peu près 10 minutes.
Avec des commentaires de Ralph Vaughan Williams, James Fisher, Oshert Lancaster et John Ormston.

Nous avouons n'avoir pas bien compris cette bande. On y décèlerait peut-être une certaine nostalgie : il est dit que l'Angleterre n'est plus la première; par exemple, la marine anglaise est maintenant devancée par d'autres. Même si, est-il ajouté, les Anglais restent les meilleurs marins du monde.
En substance, est-il affirmé, bien que n'étant plus les premiers, les Anglais ont encore des atouts.









1950




Family portrait, de Humphrey Jennings

Ce documentaire serait inspiré par E.M. Forster, avec un commentaire de Michael Goodliffe.









1951





The good life, de Humphrey Jennings

Couleur. A peu près 20 minutes.
Le commentaire serait dit par Leo Genn.

Sauf erreur, c'est dans cet épisode de The changing face of Europe qu'est évoquée plus particulièrement la nécessité de vacciner les enfants européens contre la tuberculose.
Il faut aussi soigner toutes sortes d'autres maladies.
On insiste sur la coopération européenne en matière de santé.

Jennings serait mort, en 1950, pendant le tournage de cette bande, qui, apparemment, serait sortie en 1951.





Humphrey Jennings acteur



1934



Pett and Pott : a fairy story of the suburbs, d'Alberto Cavalcanti

Publicité (en noir et blanc) pour le téléphone, commandée par la poste britannique (GPO), dont ce serait le premier film parlant.
Humphrey Jennings tiendrait un petit rôle.

Dans un lotissement, vivent deux familles opposées : les bons, les Pett; et les mauvais, les Pott.
Monsieur et madame Pett s'entendent très bien. Ils ont quatre (ou cinq) enfants. L'époux est un family solicitor, une sorte de juriste qui aide les familles. Sa femme s'occupe des enfants, du ménage.
Les Pott n'ont aucun enfant. Monsieur Pott est un huissier chargé de recouvrer les dettes. Son épouse passe son temps à se pâmer en lisant des romans à l'eau de rose.
Voici que le journal parle d'une affaire crapuleuse : un cambrioleur s'est introduit de nuit chez une dame. Il a tenté de la cambrioler. Finalement, il a pris la fuite. La domestique de la dame a disparu après les faits, car c'était sa complice.
Au vu de tels événements, les Pett décident de se munir du téléphone (au cas où eux aussi seraient attaqués). Dès lors, madame Pett fait ses courses via le bigophone.
Madame Pott, elle, refuse de s'équiper. Ayant la folie des grandeurs, elle préfère que son mari lui offre une domestique.
Elle ignore que celle qui se met à son service, est justement la complice du malfrat dont parle la presse. Elle s'avère incapable, insolente. Elle ira même jusqu'à frapper madame Pott, dont, par ailleurs, le ménage bat de l'aile : madame reste à la maison, mais monsieur passe ses soirées à faire la nouba avec des créatures.
Justement, une nuit qu'il est à la noce, la domestique appelle son acolyte et lui dit que c'est le moment de venir cambrioler. Car, comme d'habitude, madame Pott est seule; et les Pett, qui habitent le pavillon à côté, se sont absentés pour la soirée, laissant leurs enfants à la maison. Le cambrioleur arrive. Madame Pott les entend, lui et la bonne, mais, morte de peur, elle n'ose bouger de son lit. Cependant, les deux délinquants finissent par se disputer, se lancent des objets à travers la figure etc. La fille aînée des Pett entend le vacarme. Elle téléphone à la police (que c'est utile, le téléphone !). Les agents arrivent et arrêtent la bonne et son complice. La petite Pett a son nom et sa photo dans les journaux; elle est l'héroïne qui a permis l'arrestation des voleurs. Ceux-ci passent en jugement. Ils iront en prison. Mais le juge en profite pour faire l'apologie du téléphone : il déclare que les Pett ont fait le bon choix en en achetant un, tandis que les Pott ont mal agi. Il invite ces derniers à se réconcilier. Il conclut en clamant, en substance, que cette affaire prouve l'utilité du téléphone.









The glorious 6th of june, d'Alberto Cavalcanti



Publicité loufoque pour la baisse des tarifs téléphoniques, commanditée par le GPO.
Un ministre doit faire passer une lettre très importante à la chambre des députés. Il la donne à une sorte de facteur qui jure que la lettre parviendra à bon port et que l'honneur du GPO sera sauf. Mais, ce garçon est enlevé par des individus qui veulent la missive. Ils le séquestrent, l'attachent, tentent de lui faire avouer où est le document (qui est tout simplement dans sa poche). Ils vont jusqu'à faire sauter une bombe, mais ils en sont les premières victimes et le facteur peut apporter le courrier à temps. Un officiel le lit dans la chambre : il annonce la baisse des tarifs téléphoniques. Le facteur est salué en héros. Il rentre chez sa mère et lui raconte tout. Elle déclare que le téléphone est bien utile. Elle s'en sert pour appeller l'épicier et se plaindre de n'avoir pas eu le produit qu'elle avait demandé.






Films réalisés par des personnes de l'entourage de Jennings



1934



BBC, the voice of Britain, de Stuart Legg

Film auquel Jennings aurait collaboré : une séquence d'enregistrement du Macbeth de Shakespeare.







1935




The birth of a robot, de Len Lye

A peu près 6 minutes.

Film d'animation que Jennings aurait produit et dont il aurait signé les décors. Cette publicité pour Shell est en couleur, procédé Gaspar color.








1936




Night mail, de Basil Wright et Harry Watt

Documentaire. Noir et blanc. A peu près 25 minutes.

Comment le courrier est acheminé par le train postal express. En l'occurrence, celui qui part de Londres pour l'Ecosse.
On voit notamment les employés qui trient les lettres dans un wagon. Ou encore la façon dont l'express happe, en passant à toute vitesse, des sacs pleins de courriers qui ont été placés le long de son trajet, sur des espèces de crochets; cependant que d'autres sacs sont, par contre, déposés à terre par le train en pleine course.










1951




Somewhere to live, de Jacques B. Brunius

Couleur. A peu près 20 minutes.

Un documentaire de la série The changing face of Europe. Série qui, apparemment, évoque la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.
Ici, est présenté le problème du logement. On mêle documentaire et une sorte de fiction avec deux Français (un couple) qui ne trouvent pas de nid (nous ne savons plus si c'est à Caen). On nous apprend qu'il faut 14 millions de logements en Europe, et que, pour relever ce défi, les pays du continent coopèrent. On évoque les nouveaux matériaux, les nouvelles méthodes de construction (dont certains et certaines viennent des Etats-Unis), la nécessité de faire du neuf tout en préservant le caractère architectural de chaque région.
Il y a urgence car, dans plusieurs villes, les gens sont, en quelque sorte, revenus en arrière. Ainsi, en Italie, des personnes vivent comme des troglodytes. En France, on se fabrique des homes dans de vieux châteaux, des monuments en ruine.






Hédy Sellami, eclairages.com.fr

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Plus de 1 400 liens cinéma !

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Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.













La banque Nemo, un film d'une brûlante actualité



Réalisé vers 1934, l'opus de Marguerite Viel retrace l'ascension sociale d'un arriviste qui ne recule devant aucune manoeuvre pour parvenir au sommet.

Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il est au moins une scène qu'il faut voir, aujourd'hui en 2013, tant elle paraît d'actualité : le conseil des ministres (notre extrait). A l'époque, cette scène, qui montre ces messieurs sous leur jour véritable, aurait d'ailleurs été censurée, coupée.

Certains prétendront que nous sommes dans la caricature : au contraire, il nous paraît que nous sommes encore au-dessous de la réalité, de notre réalité.

Toute ressemblance avec des personnages et des faits existant aujourd'hui constitue, sans doute, une coïncidence ...

Il n'empêche que l'on croirait entendre parler d'affaires actuelles, récentes, quand, par exemple, le président du Conseil rappelle au ministre des colonies qu'il a concédé des terrains à l'affairiste alors que ses subordonnés le lui avaient déconseillé; ou lorsque la question est posée de savoir comment le banquier véreux peut être en possession de documents qui auraient dû rester entre les mains du même ministre ...

Frappants échos encore avec la situation actuelle quand on rappelle au président du Conseil qu'il a plaidé pour le banquier il y a six mois ...

Aura-t-on la cruauté de remarquer aussi combien est ressemblant ce personnage d'imbécile qui tient à son poste parce qu'il est ministre pour la première fois, et depuis si peu de temps, alors qu'il était député depuis quinze ans ...

Oui, tout cela ressemble horriblement à ce qu'aujourd'hui, nous vivons en pire ...







Alfred sur les traces d'Agatha ?

Alfred sur les traces d'Agatha ?

Eclairages vous présente une nouvelle étude sur Hitchcock. Intéressons-nous plus particulièrement à ses rapports avec une Anglaise célèbre ... "la reine du crime" ... Agatha Christie. Nous allons voir que plusieurs films du cinéaste présentent d'étranges ressemblances avec certains livres de sa compatriote.





Quand Kurosawa fait appel à Ravel







Le récit de la femme violentée dans 羅生門 (Rashomon) est accompagné d'une partition inspirée du célèbre Boléro.

Démonstration en images et en musique avec l'extrait du film et le final de l'opus ravélien.













Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu


Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".






Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.


Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que : toujours, parfois. N'écrit-il pas : "Le cinéaste semble toujours dubitatif" ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce "toujours" ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le "toujours". La formulation même : "Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance" etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.

"Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance" etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce "toujours", à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.





La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.







L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro


Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
21 juillet 2005

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.




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Répertoire des films noirs américains



Eclairages met en ligne un répertoire des films noirs américains, classés par compagnie cinématographique et par ordre alphabétique.

Pour chaque film, le générique, le résumé, des photogrammes et un ou plusieurs extraits.

Le répertoire sera progressivement enrichi.









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