Hédy Sellami présente

Recherche

Extraits à venir sur Eclairages



Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

L'éternel retour, de Cocteau et Delannoy

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Toni à Jane Eyre

De Toni à Jane Eyre


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Nerven; Le golem; des films belges surréalistes; La jeune fille au carton à chapeau; Le cabinet du docteur Caligari; Aelita; des films de Jean Comandon; et Pêcheur d'Islande en ciné-concerts; un festival Marcel Pagnol; une rétrospective consacrée à la Nordisk; ou encore une programmation Irving Thalberg.

Cliquez ICI









Eclairages, bibliothèque en ligne



Eclairages possède certainement l'une des collections les plus intéressantes pour ce qui concerne le cinéma (1). Certains de nos documents ont près d'un siècle (2). Le plus souvent en bon état, ils peuvent parfois, cependant, être relativement usés. Il est d'autant plus urgent de les préserver, tout du moins d'en garder une trace. Aussi avons-nous décidé de les numériser intégralement. Ils seront publiés progressivement (3).

(1) ce thème n'étant qu'une partie infime de notre caverne d'Ali Baba, laquelle comprend aussi toutes sortes de revues et livres anciens ne portant pas sur le septième art, de même que des tableaux, dessins et gravures.
(2) Au jour où nous écrivons, le plus vieux date de 1912. Nous possédons également des films sur leurs supports d'origine et étudions la possibilité de les mettre en ligne.
(3) Nous n'accepterons pas que l'on nous vole notre travail : toute personne a le droit de citer les articles publiés sur Eclairages, avec le nom de son créateur. Par contre, les gens qui copieront nos études ou reproduiront nos documents seront traînés en correctionnelle.


Jean Gabin (1904-1976)

Jusqu'à la guerre



Jean Gabin, de son vrai nom Jean Alexis Moncorgé, fut l'un des acteurs français les plus remarquables dans les années 30.
Il naît en 1904, de parents qui chantent au music-hall. Lui-même commence dans des lieux tels que les Folies-Bergère ou les Bouffes parisiens. C'est Mistinguett qui l'aurait fait entrer au Moulin-Rouge.
Pour ce qui est du cinéma, il apparaîtrait dans une ou deux bandes de 1927/1928.
Son premier vrai rôle, il le tient dans Chacun sa chance.
Dès 1931, sa carrière connaît un infléchissement capital, avec deux films où son personnage commence à se dessiner : Paris Béguin, d'Augusto Génina; et Coeur de lilas, d'Anatole Litvak.
1934, c'est la rencontre avec Julien Duvivier. Dès l'année suivante, celui-ci lui offre son premier grand rôle principal, celui du légionnaire dans La bandera.
Les années 1935/1939-1940 sont, de loin, les meilleures dans sa filmographie. Entre La bandera et Remorques, qui encadrent cette période, ce sont une multitude d'oeuvres de premier plan. Réalisées par quelques-uns des meilleurs réalisateurs de l'époque. Avec Duvivier, ce seront notamment La belle équipe en 1936 et Pépé le moko en 1937. Avec Jean Renoir, Les bas-fonds en 1936, La grande illusion en 1937, La bête humaine en 1938. Avec Jean Grémillon, Gueule d'amour en 1937, puis Remorques en 1939/1940. Enfin, Marcel Carné choisira Gabin pour Quai des brumes en 1938 et Le jour se lève en 1939.
La guerre survient. Après un très bref intermède américain, décevant, Gabin revient en France. Mais sa grande période est passée. Désormais, rares seront les films valables. Citons, entre autres, Voici le temps des assassins, de Duvivier, en 1956; ; la même année, Des gens sans importance. En 1971, Le chat.
Oublions les navets des Denys de La Patellière ou autres Grangier.
Ne retenons que le Gabin qui, de 1934/1935 à 1940, a eu la chance extraordinaire d'incarner une figure dans les oeuvres de cinéastes parmi les plus en vue.


Cette filmographie a été enrichie le 9 avril 2011 avec deux extraits du Jour se lève.
Elle a été enrichie le 26 juin 2007 avec le générique de Paris-Béguin, tel qu'il apparaît au début et à la fin du film.

Cette filmographie a été enrichie le 7 mai 2010 avec le résumé et deux extraits de Maria Chapdelaine; le 2 septembre 2009 avec un extrait de La bandera.

Elle a aussi été enrichie le 17 juillet 2009 avec le générique, des photogrammes et un extrait de Remorques.



Les années 30

Jean Gabin
1930




Chacun sa chance de René Pujol et Hans Steinhoff






1931




Méphisto de Henri Debain, Nick Winter et René Navarre



1931 : Paris béguin

Paris béguin : Gabin, à droite, déjà marqué par le destin
Paris-béguin d'Augusto Génina

Films Osso
Jane Marnac dans
PARIS-BEGUIN
Un film de Augusto Genina
d'après un scénario original de Francis Carco
Distribution :
Jane Marnac ... Jane Diamand
Rachel Bérendt ... Gaby
Violaine Barry ... Simone
Jean Max ... Dédé
Charles Lamy ... L'auteur
Saturnin Fabre ... Hector
Fernandel ... Ficelle
Pierre Finaly ... Le Producer
Pierre Meyer ... Beau Sourire
Alex Bernard ... Le Régisseur
et Jean Gabin ... Bob
Directeur de Production : Maurice Orienter
Musique nouvelle de Maurice Yvain
Edition Francis Salabert
Collaboration artistique pour le Music-Hall : André Bay
Orchestre sous la direction de M. Diot du Théâtre Mogador
Administrateur : Pierre Geoffroy
Assistant : Pierre Danis
Chef du montage : G. Fried
Costumes de Madame B. Rasimi
Prises de vues par Behn-Grund et P. Briquet
Décors de Pimenoff
Enregistré par Teisseire sur Procédé R.C.A. Photophone

Générique de fin (celui qui apparaît après le film) :
FIN
Les chansons du film "C'est pour toi que j'ai le béguin" et "Paris-Béguin" ont été enregistrées par Madame Jane Marnac sur disques Parlophone

Bob est un gangster. Il est surpris par une vedette de music-hall, Jane, tandis qu'il cambriole chez elle. Ils deviennent amants.
Un film important : s'y esquisse le personnage que, dans la seconde moitié des années 30, Gabin incarnera d'oeuvre en oeuvre. Du reste, il y surplombe tout de sa présence.



Les années 30 (suite)

Affiche du film Coeur de lilas
1931




Tout ça ne vaut pas l'amour de Jacques Tourneur




Pour un soir de Jean Godard




Coeurs joyeux de Hans Schwartz et Max de Vaucorbeil





Coeur de lilas d'Anatole Litvak

Encore un de ces films par lesquels, petit à petit, se précise la figure type dont Gabin sera le modèle dans les années 30 : marqué, notamment, par la fatalité





1932




Les gaietés de l'escadron de Maurice Tourneur




Gloria de Hans Berendt et Yvan Noé




La belle marinière de Harry Lachmann




La foule hurle de Howard Hawks et Jean Daumery





1933




L'étoile de Valencia de Serge de Poligny



Adieu les beaux jours de Johannes Meyer et André Beucler



Le tunnel de Kurt Bernhardt



De haut en bas de Pabst






1934




Zouzou de Marc Allégret





Maria Chapdelaine de Julien Duvivier

C'est la première collaboration entre Duvivier et Gabin.


D'après un roman de Louis Hémon.

Avec :
Madeleine Renaud : Maria Chapdelaine
Jean Gabin : François Paradis
André Bacqué : Samuel Chapdelaine
Gaby Triquet : Alma-Rose Chapdelaine
Thomy Bourdelle : Esdras Chapdelaine
Alexandre Rignault : Eutrope Gagnon
Jean-Pierre Aumont : Lorenzo Surprenant
Edmond Van Daële : le médecin que l'on appelle lorsque la mère de Maria agonise


L'action se situe au Québec. Les Chapdelaine vivent dans une contrée sauvage qu'ils déforestent pour la transformer en terre cultivée.
Maria, la fille aînée, est courtisée par trois hommes :
celui qu'elle aime : François Paradis, qui fait du commerce avec les Indiens
Eutrope Gagnon, paysan
Lorenzo Suprenant, qui est parti travailler aux Etats-Unis et souhaite y emmener la jeune femme.
François Paradis meurt après s'être aventuré seul dans la nature en pleine tempête de neige.
Après bien des hésitations, Maria choisit d'épouser Eutrope Gagnon et de rester ainsi au Québec, plutôt que de suivre Lorenzo dans une grande ville.



Pour deux extraits de Maria Chapdelaine, cliquez ICI







Golgotha de Julien Duvivier







1935




Variétés de Nicolas Farkas





1935 : La bandera

Gabin est légionnaire dans La bandera
La bandera de Julien Duvivier

Cette fois, le mythe Gabin est lancé. Avec ce qui est l'un des films les plus importants dans lesquels il ait joué

Meurtrier, il s'engage dans la Légion. Là, un autre légionnaire semble s'intéresser d'un peu trop près à son passé ...

Pour le générique du film, cliquez sur la notice de Julien Duvivier


Pour un extrait de La bandera, cliquez ICI



Les années 30 (suite)

Une affiche de La grande illusion
1936


La belle équipe de Julien Duvivier

Gabin est un garçon qui va tenter de monter une guinguette avec ses copains

Pour le générique du film, cliquez sur la notice de Julien Duvivier





Les bas-fonds de Jean Renoir

Première collaboration entre Renoir et Gabin. Ce dernier y incarne un miséreux qui va tenter de s'en sortir






1937





Pépé le moko de Julien Duvivier

Avec Mireille Balin, Charpin

Pour notre étude sur ce film, cliquez ICI






La grande illusion de Jean Renoir

L'action se situe pendant la première guerre mondiale. Gabin, alias Maréchal, s'enfuit d'un camp de prisonniers en compagnie de Rosenthal, alias Dalio

Pour notre jeu des questions-réponses sur cette oeuvre, cliquez ICI







Le messager de Raymond Rouleau

Avec Gaby Morlay

Envoyé en mission en Afrique, Jean charge un jeune collègue de porter un message à sa compagne (Gaby Morlay). Mais, voilà qu'il regagne Paris plus tôt que prévu. Et, là, il découvre ...


1937 : Gueule d'amour

Affiche du film Gueule d'amour
Gueule d'amour de Jean Grémillon


L'un des plus beaux films dans lesquels ait joué Gabin. Il y retrouve Mireille Balin, garce qui fera son malheur.
Pour le générique du film, cliquez sur la filmographie de Jean Grémillon









1938 : Quai des brumes

Quai des brumes : à gauche, Gabin; à droite, Michèle Morgan
Quai des brumes de Marcel Carné

Avec Michèle Morgan, Michel Simon, Pierre Brasseur, Robert Le Vigan

Première collaboration entre Carné et Gabin. Celui-ci y incarne un déserteur sur qui pèse la fatalité. Il rencontre une jeune femme (Michèle Morgan), convoitée par des individus tous plus abjects les uns que les autres.

Les années 30 (suite)

Affiche de La bête humaine
1938




La bête humaine de Jean Renoir

D'après Emile Zola

Jean est le chauffeur de locomotive, atteint d'un mal héréditaire qui le conduira à sa perte. Une jeune femme lui demande de supprimer son mari.






Le récif de corail de Maurice Gleize
Avec aussi Michèle Morgan, Pierre Renoir et Carette

L'action se passe en Australie. Au début du film, à Brisbane, Jean tue un homme. Obligé de fuir, il embarque sur un bateau qui part pour le Mexique. Il est surpris lorsque le commandant vérifie s'ils ont le même tour de tête. De même qu'il trouve bizarre qu'on le prenne sans lui demander de rien faire. Mais, un jour, il apprend la vérité : le navire fait de la contrebande; le capitaine veut utiliser Jean comme une sorte de double (en lui faisant porter sa casquette, notamment, afin que Jean passe pour le capitaine) : si les choses se passent mal; si, même, on tire, c'est Jean qui prendra, pendant que le commandant se cache. Jean croit son heure finie lorsque le bateau se trouve dans les parages de navires douaniers. Heureusement, ceux-ci s'éloignent. Mais, voilà qu'arrivés à destination, on accuse Jean d'un vol, qu'il n'a pas commis. On l'enferme. Le bateau repart à Brisbane : pour Jean, c'est un retour à la case départ ! En fuite, il trouve refuge dans une cabane isolée où vit, seule, une jeune fille (Michèle Morgan). Une idylle se noue entre eux. Las ! Jean apprend que, comme lui, la demoiselle est poursuivie par la police pour meurtre ! Un jour, un policier (Pierre Renoir) débarque chez eux. Michèle s'enfuit. Jean la retrouve en ville, chez un commerçant. Elle est malade (une épidémie d'influenza sévit). Le policier la trouve. Mais, semble-t-il, les paroles qu'elle prononce en délirant, lui font comprendre qu'elle est innocente du crime dont on l'accuse. A la fin, guérie, elle part avec Jean; le commandant de ce même bateau de contrebande qui avait pris Jean au début, accepte de les transporter. Alors qu'ils arrivent sur le quai, le policier se pointe. Mais, il déclare que, pour lui, la femme qu'il recherchait, est morte à l'hôpital, pendant l'épidémie; c'est-à-dire qu'en fait, il décide de laisser Michèle tranquille. Elle et Jean peuvent embarquer et aller vivre heureux sur une île paradisiaque où le navire avait déjà fait escale lors du premier voyage de Jean ...






1939 : Le jour se lève

Le jour se lève : à gauche, Jean Gabin
Le jour se lève de Marcel Carné

Jean a tué Jules Berry. Un flash-back nous explique pourquoi.

Peut-être le plus beau film de Carné. Et certainement l'un de ses plus grands rôles pour Gabin. Il incarne un ouvrier qui s'éprend d'une jeune femme. Malheureusement, celle-ci entretient un rapport trouble avec un sinistre prestidigitateur.



Pour le début du Jour se lève, cliquez ICI

Pour la fin du Jour se lève, cliquez ICI




Les années 30 (suite)

Affiche de Remorques
1939/1940


Remorques de Jean Grémillon


Pour le générique, des photogrammes et un extrait de Remorques, cliquez ICI





Les années 40

Le reste de la carrière, des années 50 jusquà la fin



Hédy Sellami, eclairages.com.fr

acteurs et actrices | compositeurs et compositrices de musiques | producteurs, productrices, compagnies, studios | réalisateurs et réalisatrices | techniciens et techniciennes | théoriciens (ennes), historiens (ennes) du cinéma | Scénaristes et dialoguistes

Plus de 1 400 liens cinéma !

Plus de 1 400 liens cinéma !


Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.














Hitchcock à Toulouse



En principe, vers juin 2012, la cinémathèque de la Ville Rose devrait rendre hommage au cinéaste qui nous a laissé notamment Psycho (notre extrait), Vertigo, L'ombre d'un doute, Les oiseaux, Le crime était presque parfait, La maison du docteur Edwardes, Une femme disparaît, Les 39 Marches, Fenêtre sur cour, Jeune et innocent, Les enchaînés et tant d'autres beaux films encore.


2 nouvelles filmographies

2 nouvelles filmographies



Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu



Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".





Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.
Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que toujours, parfois. N'écrit-il pas : Le cinéaste semble toujours dubitatif ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce toujours ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le toujours. La formulation même : Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.
Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce toujours, à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.




La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.



L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro



Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
[21 juillet 2005]

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.






Jean Grémillon à Lausanne



Du 6 octobre 2011 à mai 2012, la cinémathèque rend hommage au réalisateur français, qui nous a laissé
notamment Remorques (notre extrait); toujours avec Gabin, Gueule d'amour, tragique histoire d'un spahi amoureux d'une femme entretenue; L'étrange monsieur Victor, ou comment Raimu incarne un personnage double, honnête commerçant pour tous, trafiquant redoutable à ses propres complices; La petite Lise, encore des personnages soumis à un inexorable destin; Gardiens de phare, de la période muette; ou encore Maldone, autre film muet, qui, à bien des égards, fait écho à Remorques.

Pour l'ensemble des projections, cliquez ICI