Hédy Sellami présente
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Extraits à venir sur Eclairages

Extraits à venir sur Eclairages
Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

Miss Mend, de Barnet et Ozep

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






D'Arsenal au Corbeau

D'Arsenal au Corbeau


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Danse et cinéma; Rêves de chaque nuit; La divine; et The lodger en ciné-concerts; des classiques français; Le bossu; John Huston; Welles; Jean Rouch; Ex-lady; Dans la chaleur de la nuit; Knock; Danielle Darrieux; un cycle Scénaristes et dialoguistes; ou encore Clouzot.

Cliquez ICI










Pour la diffusion de films muets à la télévision publique


Quoi qu'en disent certains, la connaissance et la publication des films muets restent faibles, fragmentaires.

C'est particulièrement le cas des films français.

Voici qui est tout de même stupéfiant : on ne peut trouver en DVD qu'une infime minorité des oeuvres les plus marquantes signées par les cinéastes les plus célèbres : Gance, Dulac, L'Herbier, Antoine, Epstein (1) ...

Il faut parfois chercher chez des éditeurs étrangers pour dénicher une oeuvre !

Et ne parlons pas des réalisateurs davantage négligés encore : les Roussel, les Kemm, les Lion, les Hervil, les Poirier ...

N'est-il pas pour le moins étrange que ces cinégraphistes soient littéralement interdits d'antenne dans leur propre pays ?

Pour ne citer que ce seul exemple, combien de films signés Baroncelli la télévision française a-t-elle diffusés depuis qu'elle existe ?

Il ne serait pas scandaleux qu'une chaîne publique projette, ne serait-ce qu'une fois par mois, un film français muet.

Cela n'apparaîtrait tout de même pas disproportionné par rapport au nombre de gens intéressés, certes faible.

France 5 diffusant déjà des documentaires, France 3 le Cinéma de minuit, France 2 (irrégulièrement et très tard) le Ciné-club, France 4 pourrait être tenue de respecter ce minimum que l'on serait en droit d'attendre du service public.


(Notre illustration : Monte-Cristo (1929) de Fescourt : le crime dans l'auberge).




(1) ajouté le 29 mai 2014 : Epstein fait maintenant l'objet d'une édition en dvd.


Grands journalistes ou grands ignares ?

Grands journalistes ou grands ignares ?


Madame La Très Grande Journaliste Anne Sinclair, Directrice Editoriale du Bluffington Post, commence l'un de Ses éditos par : "L'homme qui en savait trop est un mauvais film d'Alfred Hitchcock".

Que Sa Majesté permette à mon humble personne d'apporter quelques précisions. J'espère que Son Altesse La Dominante n'en voudra pas trop au dominé que je suis ...

Il existe deux versions de The man who knew too much, l'une réalisée vers 1934, l'autre réalisée vers 1956.

Sainte Anne l'ignorant, Elle n'a pas précisé à quelle version Elle se réfère.

L'opus de 1934 n'est pas si mauvais.

Certes, celui de 1956 n'est pas le meilleur Hitchcock, loin s'en faut ...

Mais, si j'osais prétendre apprendre quoi que ce soit à Sa Sainteté, je Lui signalerais que cette version de 1956 comporte l'une des scènes les plus formidables qu'ait signées le maître : le fameux concert au cours duquel le meurtre doit être commis (notre extrait).

Qu'importe, après tout ! Que cela n'empêche pas Sa Royauté d'expédier le film comme Elle le fait ...

Je m'excuse d'avoir été si outrecuidant envers Ma Supérieure.

D'autant qu'Elle n'est pas la seule vedette du journalisme à étaler Son ignorance avec une telle insouciance.

Un jour, à la radio, j'entendais Le Pape Jean-François Kahn. Il lâcha quelque chose du genre : "Le film Little Cesar, avec ce gangster joué par James Cagney".

Il aurait dû mieux préparer Son topo, ou mieux choisir Ses nègres. Little Cesar a pour acteur principal ... Edward G. Robinson, et non James Cagney.

J'espère que Son Excellence ne m'en voudra pas d'avoir osé relever Son erreur. Où va-t-on si les serviteurs tels que moi, ceux que Monsieur Kahn appellerait les boniches, se mettent à jouer les professeurs ?





277e filmographie

277e filmographie

Deux partitions pour une grève



Стачка (La grève, 1925) d'Eisenstein, peut être visionné en deux copies, avec deux musiques différentes.

L'une (ci-dessus) a été composée récemment par Pierre Jodlowski pour la cinémathèque de Toulouse. L'autre (ci-dessous) est constituée de morceaux signés Chostakovitch pour une restauration soviétique de 1969.

C'est l'occasion de constater à quel point l'accompagnement sonore d'un film muet en modifie la perception.






Muet du mois présenté par Arte à Paris

Le muet du mois

Arte et la Cinémathèque française s'étaient associées pour présenter, chaque mois, en avant-première, un film muet diffusé ensuite sur la chaîne culturelle. Hier, mardi 31 août 2004, il a été annoncé que cette association est suspendue, pour le moins. On a laissé entendre qu'elle reprendrait peut-être lorsque la Cinémathèque sera installée à Bercy.
En attendant, Arte chercherait un nouveau lieu.
On pourra consulter ci-dessous la liste des oeuvres qui furent projetées, avec le générique pour plusieurs d'entre elles et un résumé.



Muet du mois présenté par Arte à Paris
Chaque dernier mardi du mois, Arte présentait, à 20h, à la salle Chaillot de la Cinémathèque française (Paris 16e), le film muet qu'elle diffusait quelques semaines plus tard. Les oeuvres, des vidéos agrandies, intègrent une musique, hélas pas toujours excellente.


Rappelons que furent projetés :



En septembre 2003 :

Le geste inexpliqué de Sumiko, (1929), oeuvre japonaise de Shigeyoshi Suzuki.

Film dont manquent le début et la fin.

Une jeune fille est maltraitée par des parents auxquels son père, malade, l'a confiée. Ils la vendent à un directeur de cirque, brutal, qui exploite et martyrise ses employés. Placée dans une famille comme servante, le maître de maison tente de la violenter. L'institution chrétienne où elle finit par aller, ne vaut pas mieux : la duplicité y règne. A la fin, la jeune femme commettra un geste que la pourriture d'une société explique fort bien.




Le 28 octobre 2003 :


une copie teintée du Jeanne d'Arc (1916) de Cecil B. de Mille.

Générique de Jeanne d'Arc :

Cardinal Film Corporation
Distribution : Famous Players Lasky Corporation

Scénario : Jeanie Mac Pherson et William C. DeMille, d'après Jeanie Mac Pherson
Image : Alvin Wyckoff
Décors : Wilfried Buckland
Montage : Cecil B. DeMille
Musique originale de l'époque : William Furst

Avec :

Geraldine Farrar : Jeanne d'Arc
Raymond Hatton : Charles VIII
Hobart Bosworth : général La Hire
Theodore Roberts : Cauchon
Wallace Reid : Eric Trent
Charles Clary : La Trémouille
Lawrence Peyton : Gaspard
Horace B. Carpenter : Jacques d'Arc
Cleo Ridgely : le favori du roi
Stephen Gray : Pierre
John Oaker : Jean de Metz
Hugo Koch : le duc de Bourgogne
Walter Long : un bourreau

Le film serait sorti aux USA le 4 janvier 1917 et en France le 7 novembre 1919.

La copie restaurée est en noir et blanc, avec des passages teintés.







Le 25 novembre 2003 :


Piccadilly, de E.A. Dupont (1929).






Le 30 décembre 2003 :


Cyrano de Bergerac, d'Augusto Genina, film de 1922 colorié image par image au pochoir.

Générique du film :

Production : Extra-Film Genina
UCI (Unione Cinematografica Italia, Rome)

Scénario : Augusto Genina, Mario Camerini et Diego Angeli
Image : Ottavio de Matteis
Décors : Luigi Sapelli
Maquettes : Camillo Innocenti

Avec :

Pierre Magnier : Cyrano de Bergerac
Linda Moglia : Roxane
Angelo Ferrari : baron Christian de Neuvillette
Umberto Casilini : comte de Guiche
Alex Bernard : Ragueneau
Gemma de Sanctis : la gouvernante





Le mardi 27 janvier 2004 :


L'enfer blanc de Piz Palü, de A. Fanck et G.W. Pabst.
Allemagne. 1929.






Le mardi 24 février 2004 :

Ben Hur, de Fred Niblo.
Copie teintée avec, aussi, certains passages en technicolor bichrome.
1925. Durée : 2h10.

La course de chars mérite sa réputation. On peut remarquer, notamment, qu'elle finirait presque par avoir quelque chose d'abstrait.





Le mardi 30 mars 2004 : deux films :


L'étrange aventure de l'ingénieur Lebel (Dödskyssen), de Victor Sjoström.
Suède. 1916. 32 minutes.

Il s'agit d'une partie d'un film dont certains éléments n'ont pas été retrouvés.

Un médecin meurt. Au procès, différentes personnes sont appelées à raconter ce qu'elles savent. Les témoins principaux sont deux ingénieurs, qui plus est sosies (interprétés par le réalisateur Sjöström lui-même). L'un avait pris la place de l'autre ...

Générique du film :

Titre original : Dödskyssen
Scénario : Sam Ask et Victor Sjöström
Image : Julius Jaenzon
Décors : Axel Esbensen

Avec :

Victor Sjöström : dans le double rôle de Weyler et de l'ingénieur Lebel
Jenny Tchernichin-Larsson : Anna
Albin Laven : le docteur Munro
Mathias Taube : le docteur Adell



La boule noire (Die geheimnisvollen schwestern), de Franz Hofer
Allemagne. 1913. 34 minutes.

Deux soeurs, jongleuses, ont juré de venger la troisième, morte après avoir été abusée par un séducteur. Celui-ci fait irruption dans leur vie, assistant un jour à l'un de leurs spectacles. Elles décident de confier la vengeance effective à celle qui, à la fin d'un numéro de jonglage avec des boules blanches et une boule noire, se retrouvera avec cette dernière en main ...

Cette bande est intéressante notamment en raison de l'utilisation qui est faite de la couleur. Il arrive que, pour une même image, on passe d'une couleur à l'autre. La copie restaurée est viragée, le virage étant une méthode proche du teintage (voir notre glossaire de termes techniques).

Générique du film :

Production : Luna-Film, Berlin
Scénario : Franz Hofer

Avec :

Manny Ziener, Maria Cordes, Paul Meffert, Ernst Pittschau







Le mardi 27 avril 2004 :


La divine, film chinois de Wu Yonggang.
1934. Chine. 80 minutes. Avec Ruan Lingyu

L'histoire d'une prostituée à Shanghaï, qui doit se battre pour son enfant.
La version projetée ce mardi 27 avril serait la plus complète à ce jour.

Générique du film :

Shen nu (La divine)

Compagnie Lianhua, Studio n°1 de Shanghaï
Producteur : Luo Mingyou
Directeur de production : Li Minwei
Directeur de la photographie : Hong Weilie
Décors : Wu Yonggang
Scénario : Wu Yonggang

Avec :

Ruan Lingyu : la Divine
Zhang Zhizhi : le souteneur
Li Junpan : le proviseur
Li Keng

Le film commence par un texte qui dit, selon la traduction française :
"La Divine se débat dans le tourbillon de la vie. Dans les rues, la nuit, elle est une humble prostituée. Quand elle prend son enfant dans ses bras, elle est une mère pure. Dans ces deux vies, elle fait preuve d'une grande dignité".

Pour la filmographie du réalisateur Wu Yonggang, cliquez ICI

Pour la filmographie de l'actrice Ruan Lingyu, cliquez ICI


En préparation, la filmographie du réalisateur chinois Sun Yu





Le mardi 25 mai 2004 :


Le capitaine Fracasse, d'Alberto Cavalcanti
France. 1929. 100 minutes.





Le mardi 29 juin 2004 :


Roméo et Juliette, d'Ugo Falena
Italie. 1912.





Le mardi 27 juillet 2004 :


Le chanteur de jazz, d'Alan Crosland
USA. 1927. 100 minutes

Le premier film parlant de l'histoire du cinéma, ou l'un des tout premiers

Générique du film :

A Warner Brothers Production
Warner Bros Pictures, Inc. and the Vitaphone Corporation present Al Jolson in a photo-dramatic Production of Samson Raphaelson's Play
The jazz singer
avec May Mc Avoy et Warner Oland
Réalisé par Alan Crosland
Adaptation : Alfred A. Cohn
Photographie : Hal Mohr
Montage : Harold Mc Cord
Titles : Jack Jarmuth
Assistant réalisateur : Gordon Hollingshead
Techniciens : Fred Jackman, Lewis Geib, Esdras Hartley, F. N. Murphy, "Alpharetta", Victor Vance
Musical score et Vitaphone Orchestra dirigé par Louis Silvers

Avec :

Al Jolson : Jakie Rabinowitz
May Mc Avoy : Mary Dale
Warner Oland : the cantor
Eugenie Besserer : Sara Rabinowitz
Otto Lederer : Moisha Yudelson
Bobby Gordon : Jakie Rabinowitz à l'âge de 18 ans
Richard Tucker : Harry Lee
Concert recital : cantor Joseff Rosenblatt

Le film raconte l'histoire d'un membre de la communauté juive qui veut se lancer dans le jazz






le mardi 31 août 2004 :


Odna (Seule), de Kozintsev et Trauberg

Générique du film :

Production : Soyuskino/Leninfilm

Scénario : Leonid Trauberg
Image : Andrei Moskvin

Avec :

Elena Kuzmina : Elena, l'institutrice
Petr Sobolevski : Petr
Serguei Guerassimov : le président corrompu du soviet de l'Altaï
Van-Liu-Siana : le Bay
Maria Babanova : la femme du président du soviet
Yanina Jeimo : une jeune femme

L'histoire :
une institutrice est envoyée dans un trou perdu de l'Altaï. Elle se heurte au pouvoir d'un propriétaire, aidé par le président corrompu du soviet local. Ils tentent de la supprimer.

La version projetée ce mardi est une reconstitution qui porte essentiellement sur la musique de Chostakovitch et la bande-son.


Pour toute information concernant le muet projeté chaque mois sur Arte, vous pouvez contacter par e-mail : j-poitrat@artefrance.fr



Hédy Sellami, eclairages.com.fr

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Plus de 1 400 liens cinéma !

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Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.













La banque Nemo, un film d'une brûlante actualité



Réalisé vers 1934, l'opus de Marguerite Viel retrace l'ascension sociale d'un arriviste qui ne recule devant aucune manoeuvre pour parvenir au sommet.

Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il est au moins une scène qu'il faut voir, aujourd'hui en 2013, tant elle paraît d'actualité : le conseil des ministres (notre extrait). A l'époque, cette scène, qui montre ces messieurs sous leur jour véritable, aurait d'ailleurs été censurée, coupée.

Certains prétendront que nous sommes dans la caricature : au contraire, il nous paraît que nous sommes encore au-dessous de la réalité, de notre réalité.

Toute ressemblance avec des personnages et des faits existant aujourd'hui constitue, sans doute, une coïncidence ...

Il n'empêche que l'on croirait entendre parler d'affaires actuelles, récentes, quand, par exemple, le président du Conseil rappelle au ministre des colonies qu'il a concédé des terrains à l'affairiste alors que ses subordonnés le lui avaient déconseillé; ou lorsque la question est posée de savoir comment le banquier véreux peut être en possession de documents qui auraient dû rester entre les mains du même ministre ...

Frappants échos encore avec la situation actuelle quand on rappelle au président du Conseil qu'il a plaidé pour le banquier il y a six mois ...

Aura-t-on la cruauté de remarquer aussi combien est ressemblant ce personnage d'imbécile qui tient à son poste parce qu'il est ministre pour la première fois, et depuis si peu de temps, alors qu'il était député depuis quinze ans ...

Oui, tout cela ressemble horriblement à ce qu'aujourd'hui, nous vivons en pire ...







Alfred sur les traces d'Agatha ?

Alfred sur les traces d'Agatha ?

Eclairages vous présente une nouvelle étude sur Hitchcock. Intéressons-nous plus particulièrement à ses rapports avec une Anglaise célèbre ... "la reine du crime" ... Agatha Christie. Nous allons voir que plusieurs films du cinéaste présentent d'étranges ressemblances avec certains livres de sa compatriote.





Quand Kurosawa fait appel à Ravel







Le récit de la femme violentée dans 羅生門 (Rashomon) est accompagné d'une partition inspirée du célèbre Boléro.

Démonstration en images et en musique avec l'extrait du film et le final de l'opus ravélien.













Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu


Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".






Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.


Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu

L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que : toujours, parfois. N'écrit-il pas : "Le cinéaste semble toujours dubitatif" ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce "toujours" ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le "toujours". La formulation même : "Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance" etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.

"Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance" etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce "toujours", à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.





La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.







L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro


Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
21 juillet 2005

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.




21 de nos 310 extraits de films

Répertoire des films noirs américains



Eclairages met en ligne un répertoire des films noirs américains, classés par compagnie cinématographique et par ordre alphabétique.

Pour chaque film, le générique, le résumé, des photogrammes et un ou plusieurs extraits.

Le répertoire sera progressivement enrichi.









Paramount


RKO


Twentieth Century Fox


Universal