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Extraits à venir sur Eclairages



Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

L'éternel retour, de Cocteau et Delannoy

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Topaze à Justin de Marseille

De Topaze à Justin de Marseille


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi La chute de la maison Usher; Nerven; La jeune fille au carton à chapeau; Harold Lloyd; The lodger; Fantômas; Le cabinet du docteur Caligari; Aelita; et Pêcheur d'Islande en ciné-concerts; Jane Eyre; La France sauvage; un festival Marcel Pagnol; une rétrospective consacrée à la Nordisk; une programmation Irving Thalberg; ou encore un cycle Maurice Tourneur.

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Eclairages, bibliothèque en ligne



Eclairages possède certainement l'une des collections les plus intéressantes pour ce qui concerne le cinéma (1). Certains de nos documents ont près d'un siècle (2). Le plus souvent en bon état, ils peuvent parfois, cependant, être relativement usés. Il est d'autant plus urgent de les préserver, tout du moins d'en garder une trace. Aussi avons-nous décidé de les numériser intégralement. Ils seront publiés progressivement (3).

(1) ce thème n'étant qu'une partie infime de notre caverne d'Ali Baba, laquelle comprend aussi toutes sortes de revues et livres anciens ne portant pas sur le septième art, de même que des tableaux, dessins et gravures.
(2) Au jour où nous écrivons, le plus vieux date de 1912. Nous possédons également des films sur leurs supports d'origine et étudions la possibilité de les mettre en ligne.
(3) Nous n'accepterons pas que l'on nous vole notre travail : toute personne a le droit de citer les articles publiés sur Eclairages, avec le nom de son créateur. Par contre, les gens qui copieront nos études ou reproduiront nos documents seront traînés en correctionnelle.


Quand Steeman se plaint du cinéma

A l'occasion de la projection de Quai des orfèvres dans plusieurs salles pendant le premier semestre 2007, Eclairages a ressorti un texte peu connu du romancier belge Stanislas-André Steeman. Il y donne sa version de ses rapports avec le monde du cinéma, qui a si souvent adapté ses ouvrages, de L'assassin habite au 21 à Six hommes morts en passant par Légitime défense.
Ce texte étant dans le domaine public et libre de droits, nous nous permettons de le reproduire intégralement. Sans pour autant faire nôtres les affirmations de Steeman, par exemple lorsqu'il déclare que les adaptations de ses polars ne lui ont, en somme, pas rapporté grand-chose.
Nous avons juste accompagné ce document de notes qui l'éclairent lorsqu'il fait allusion à des personnes ou des choses qui ne sont pas obligatoirement connues.




Le dernier des six, de Lacombe, d'après Six hommes morts, de Steeman


Lecteur, je vous devais cette confidence ...
Spectateur, j'espère beaucoup du cinéma.
Auteur, je n'espère plus grand-chose de MM. les Producteurs de Films.

Le premier de mes romans qui fut porté à l'écran est Six hommes morts.
"Bien macabre, ce titre ! On dirait un faire-part collectif !" estimèrent MM. les Producteurs. Et d'intituler le film, comme vous le savez peut-être, Le dernier des six (1).
Pourquoi Le dernier des six puisque, sur six amis appelés à disparaître à l'origine, il en survit deux et non plus un seul, comme dans le roman ? Mystère ! "Et vous n'allez tout de même pas vous plaindre, vous, le maître du mystère", me fit-on remarquer, "d'un point d'interrogation de rabiot ? ...".






L'assassin habite au 21, de Clouzot, d'après le roman de Steeman

C'est à cette occasion que je fis la connaissance de H.-G. Clouzot. "On va remettre ça avec L'assassin habite au 21", me dit-il. Je voulais bien. Je le voulais d'autant plus que Six hommes morts, vendu par mon éditeur en 1931, m'avait tout juste rapporté dix-huit mille francs et que le sujet, racheté, revendu, reracheté, rerevendu, etc., avait gentiment passé le million (à ce qu'on m'a dit).
J'étais, de plus, mal consolé de n'avoir pu traiter avec Robert Florey, dont une lettre, postée à Hollywood en avril 1940, m'avait poursuivi pendant tout l'exode jusqu'à Arcachon (2). Florey avait déjà retenu les acteurs principaux - Peter Lorre, Chester Morris et Boris Karloff (3) - et n'attendait plus que ma signature pour vendre le sujet aux studios Columbia (4).

Nous remîmes donc ça, Clouzot et moi (et je n'ai pas fini, aujourd'hui, pour recouvrer le droit de me servir de M. Wens (5) - tout comme Simenon a dû racheter "son" Maigret - de payer au Séquestre le double de ce que L'assassin habite au 21 m'a rapporté).
Le générique du film annonçait : "Adaptation de Clouzot et Steeman" et je ne me souviens pas sans émotion de notre amicale collaboration, à Clouzot et à moi. Non que cela allât tout seul. Nos tempéraments opposés s'affrontaient souvent et Clouzot est un de ces hommes impossibles à convaincre, à moins que vous n'ayez découvert le sentier dérobé qui vous conduit tout droit à leur clairière personnelle. Encore H.-G. vous reproche-t-il alors d'avoir lambiné en route ...
L'assassin habite au 21 se déroulait à Londres, dans le brouillard, et j'aurais aimé en faire une symphonie en gris dans le style du Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Si l'on veut bien se reporter aux événements d'alors - c'était en 1941 ou 1942 - j'appris sans étonnement qu'il nous fallait situer l'action à Paris. Il convenait aussi de donner un rôle à M. Pierre Fresnay, qui avait fait le succès du Dernier des Six, et à Mme Suzy Delair (6).
Je m'inclinai : je vous ai dit en commençant que j'espère beaucoup du cinéma et, a priori, rien ne s'opposait à ce que M. Durand fît un assassin tout aussi présentable que Mr. Smith (7).
Clouzot et moi - d'abord assistés (c'est la formule consacrée) par Claude Vermorel (M. Mafféi) et Marcel Rivet, voués depuis, le premier à Jeanne d'Arc, le deuxième aux rois du ring (8) - travaillions dans un Paris occulté (9), par - 0°, haussant le ton des répliques pour nous réchauffer. La plupart des scènes furent composées d'un premier jet. Pour la fin, on a cafouillé ...
Je n'assistai pas à la première de L'assassin habite au 21. (Je n'avais pas non plus assisté à la première du Dernier des Six). Je vis le film dans un cinéma dit de quartier, à Bruxelles, et fus heureusement surpris de constater que l'on avait bien voulu garder le tiers de la moitié des gags sur lesquels j'avais sué (par bonheur) un mois durant.
Le tiers de la moitié des moins bons, cela va sans dire.

Le bruit commençait cependant à se répandre que je faisais de bons films. Entendez par là : de ces films qui font de l'argent.
Maurice Cammage (10), metteur en scène de L'innocent, m'acheta le droit d'adapter L'ennemi sans visage (11).
Par malheur, la maladie l'emporta avant qu'il eût donné le premier tour de manivelle et ce fut un certain M. Robert-Paul Dagan (cette manie de signer de deux prénoms !) qui prit sa succession.
Fresnay ne voulait plus incarner M. Wens, de peur de devoir signer un jour ses autographes Vorobeïtchik (12). On pensa à Frank Villard, dont ce rôle marqua les débuts d'une heureuse carrière.
Quant au film ... Quand je le vis (dans un cinéma de quartier, à Roubaix), je cherchai vainement à en démêler l'intrigue : je prenais le père pour le fils et la victime pour le coupable. Entre-temps, la critique s'était déchaînée et me reprochait amèrement d'abuser des placards secrets chers à Edgar Wallace et autres deus ex machina ! (13)
J'adressai aux journaux quelques plaisantes mises au point où j'exprimais ma propre aversion
pour toute espèce d'issues secrètes et où je priais civilement mes censeurs de rendre à Robert-Paul ce qui appartenait à Robert-Paul ... J'attends toujours leur publication.

J'avais écrit - en 1932 - un chef-d'oeuvre du roman policier : Les Atouts de M. Wens.
C'est du moins ce que m'affirma en 1946, et en me pressant sur son coeur, un magnat du cinéma en pelisse. A l'entendre, ses jours étaient comptés si je lui refusais de porter cette histoire à l'écran. Il ajouta bien, dans le feu de son enthousiasme, qu'il comptait conférer au sujet une portée internationale et corser telle et telle situation, mais je ne me méfiai pas. Allez donc vous méfier quand, serré à étouffer, vous êtes proclamé le plus grand auteur de thrillers de notre temps !
Ceci se passait à Bruxelles peu après la libération. Mon thuriféraire en pelisse était pressé, moi aussi, et je ne pensais pas que mon roman pût être adapté dans sa forme originale qui, à mes yeux, avait vieilli. J'ajoute que j'avais une idée très précise de la manière dont il convenait de raconter l'histoire. Quinze jours plus tard - je devrais écrire : quinze jours et quinze nuits plus tard - je l'avais récrite par images et dialoguée en conséquence (cette version entièrement inédite - et telle, selon moi, qu'elle aurait dû être filmée - paraîtra, je l'espère, un jour prochain).
Par malheur, en vertu - m'assura-t-on - d'anciens contrats, l'adaptation et les dialogues avaient déjà été confiés à MM. Jacques Companeez et Norbert Carbonneaux et, quand je produisis mon texte, c'est le leur qu'on me donna à lire ... De ce jour date mon angine de poitrine.
Les Atouts de M. Wens rapporte en gros l'histoire d'un tricheur professionnel qui ... Non, je ne vais pas vous déflorer le sujet ! Sachez seulement que ce que je lus alors aux Studios Sonart, par un matin ensoleillé de printemps, mon regard plongeant dans la calme rue Saint-Michel, éprouvée par les V-2, n'avait aucun trait commun - mais alors, là, aucun - avec mon roman. C'était la tragi-comique odyssée (le comique découlant du tragique) d'un gars un peu fêlé, réagissant à la vue des bas noirs comme un taureau à la vue du rouge, et expédiant ad patres toutes les infortunées jeunes femmes aux jambes nuit ou fumée (réminiscence de Pièges dont le souvenir - inhibition à part - empêchait mon pelisse-man de dormir (14) ). Je lui demandai s'il était bien sûr que nous parlions la même langue et voulions faire le même film. Depuis lors, je doute qu'il pense encore à moi comme au plus grand auteur de thrillers de notre temps.

Je croyais en avoir fini - pour un temps, du moins - avec le cinéma. On ne se relève pas, pensai-je, d'un coup aussi dur que Les Atouts (car ces messieurs avaient eu beau tout changer, tout tripatouiller, tout massacrer, ils n'en avaient pas moins tenu à conserver le titre de l'oeuvre ! ). Je me trompais ...


Quai des orfèvres, de Clouzot, d'après Légitime défense, de Steeman


Clouzot, avant même d'avoir pris contact avec moi, avait commencé d'adapter Légitime défense. Quand je le rencontrai à Paris, le travail était plus qu'à moitié fait. Clouzot me le donna à lire et je ne pus qu'admirer la tenue des dialogues et la peinture des personnages tout en m'étonnant discrètement, entre autres choses, de la présence importune d'un certain Paulo dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là et dont la seule utilité était apparemment de se faire épingler à point nommé pour que le film eût une happy end (15).
- Parce que tu te défends de faire un "policier", tu vas recourir à la ficelle la plus grosse du genre, dis-je à Clouzot. Livrer aux spectateurs un coupable sans intérêt, jouant les utilités, et non l'un des personnages dont tu t'es attaché à fouiller le caractère et les réactions, c'est t'en tirer à trop bon compte. Je ne vois pas non plus pourquoi Suzy s'inquiète d'avoir frappé Dullin avec une bouteille de champagne puisqu'il a finalement succombé à un coup de révolver et que la presse a dû normalement le dire (16). Cela fausse toute l'enquête à l'origine et confère à ton commissaire Antoine une perspicacité de sergot ...
Pour couper court à ces objections, Clouzot m'invita à un souper au champagne offert par son producteur et où cet homme en eff me fit mille gentillesses tandis que l'orchestre exécutait Otchi Tchernia. Sur son âme, j'étais le plus grand auteur de thrillers de ce temps, ce qu'il me dit avec l'accent russe, mais il avait toujours rêvé de faire un documentaire sur la P.J. (17). L'un et l'autre, à son point de vue, n'étaient pas incompatibles. Je voulus arguer de la "légitime défense" et en appelai à mon contrat. Hélas, c'était, comme tous les précédents, un contrat-type attribuant aux réalisateurs la faculté de modifier le sujet en fonction des exigences de l'écran, voire de changer le titre et le nom des personnages ... "tout en respectant l'esprit de l'oeuvre originale".
Le résultat, vous le connaissez : un récital Clouzot, le meilleur film peut-être de ce diable d'homme, véritable "bête de cinéma" qui ne sera jamais un adaptateur et qui ne peut construire qu'après avoir démoli au mépris de la plus élémentaire vraisemblance et par goût de l'effet ...


Le mannequin assassiné avait failli être tourné une première fois en 1933 ou 1934.
J'y avais travaillé alors avec mon ami Henri Storck (18), Flamand de naissance et d'inspiration, auteur d'excellents documentaires qui mériteraient d'être plus connus, et j'avais même jeté, à l'époque, les bases de la nouvelle version de ce roman que je récrivis en 1943.
Quand les droits cinématographiques en furent achetés en 1946, je n'eus rien de plus pressé que d'exhumer cette adaptation et nous la retravaillâmes en profondeur, Storck et moi, avec l'amical concours de Robert Lussac, interprète principal du film, et de Georges Dills. Encore aujourd'hui j'ai la faiblesse d'estimer qu'elle était intéressante. Hélas, nous avions compté sans les inévitables invités de la dernière heure : Denis Marion, par ailleurs excellent écrivain et critique averti, Georges Chaperot et autres Pierre Lestringuez ... J'allais oublier Pierre de Hérain, metteur en scène, dont l'apport non plus ne fut pas négligeable.
Me souvenant de mes débuts d'acteur dans M. Wens en croisière, un court métrage à moyens limités, réalisé en 1939 par Georges Jamin, j'avais accepté de jouer un rôle dans le film. Je le jouai donc, mais mal, le metteur en scène se couchant sous les tables pour me prodiguer d'ultimes conseils devant la caméra, m'incitant à mettre plus de poids dans telle ou telle réplique et à claironner celle-là quand je me disposais à la chuchoter ...
Faut-il le dire ? Confondant la version n° 1 avec la version n° 3, débitant du Marion pour du Lestringuez (et vice versa), je fus le dernier à savoir mon texte.
Et quand on s'étonnait autour de moi : "Vous ne connaissez donc pas l'histoire ?"
Je répondais :
- Non.
En toute bonne foi.


Le Furet, d'après Crimes à vendre, de Steeman

Quand je rencontrai pour la première fois Raymond Leboursier (19), il désirait tourner Les Atouts de M. Wens, mais n'y réussit pas. Je lui avais raconté le sujet de Crimes à vendre (20), encore manuscrit, et il s'était juré de le tourner. Il tint parole l'année dernière ... (21)
Travail des plus agréables, soit dit en passant. L'adaptation était préfabriquée, vu la construction cinématographique du livre. Quant aux dialogues, nous n'eûmes d'autre peine à prendre qu'à couper un bout de phrase par-ci par-là pour rester dans les limites prescrites ... Chaque jour, vers une heure, la conscience tranquille, nous étions au Fouquet's (22), lorgnant chiens de race et filles dito, discutant avec complaisance des films des autres en société de Simone Signoret, "Bubu" Bussières ("l'homme au réverbère" de L'assassin habite au 21), Annette Poivre, Blancard , Robert Arnoux, et d'autres ... (23)
Je passe sur la polémique qui m'opposa au producteur quand il changea le titre de Crimes à vendre en Le Furet pour des fins prétendues commerciales : la presse y a suffisamment fait écho à l'époque.
Je n'assistai pas à la première. Je vis le film cinq mois plus tard (dans un cinéma de quartier, à Paris). Malgré l'accueil plutôt frais de la critique, je continuais de croire alors - faiblement - à un succès ... comme m'y incitaient des chiffres records de recettes. J'avais compté sans une photographie terne et grise, un "taxi" (traduisez : caméra) aussi statique que la Tour Eiffel et qui eût mieux convenu aux Pieds Nickelés, certains acteurs qui, livrés à eux-mêmes, en remontreraient à un auteur de romans policiers sur le chapitre de l'assassinat (l'assassinat de leur texte, s'entend) et, pour tout dire, le manque d'argent.
Pauvre "Furet" !
Le Prof. Star eût aussi bien fait de me prévenir ...

La nuit du 12 au 13 compte aussi parmi ces sujets sur lesquels s'hypnotisent volontiers, à tort ou à raison, MM. les Producteurs.
Bien avant la guerre déjà, deux adaptations, à ce qu'on m'a dit, en avaient été tirées, l'une par Germaine Dulac (24), l'autre par Carlo Rim (25), mais je serais bien en peine de les juger car je n'en ai jamais eu connaissance et les choses n'allèrent pas plus loin.
C'est en février 1947, à Genève, que mes amis, Gilberte et Hans, décidèrent de faire le film et me prièrent de me charger de l'adaptation dialoguée, de la superviser tout au moins.
L'offre me souriait d'autant plus que le roman, tel que je l'avais écrit en 1931, avait - une fois de plus - cessé de me plaire et que je méditais de le republier en en rajeunissant le ton.
Un événement inattendu devait d'ailleurs me confirmer bientôt dans mon projet. La Censure - par ailleurs si tolérante quand il s'agit de maisons closes, de filles en cartes ou de marlous, de viols, de kidnapping et d'orchidées - ne voulait pas entendre parler d'opium et s'opposait à ce que nous situions le film en France. L'opium ? Kekcekça, l'opium ? Parlez-nous du coca-cola.
Pas question non plus de choisir Anvers pour cadre (comme dans la version première du roman). Depuis que son maïeur - burgmeester - a interdit Dédé d'Anvers (26), on ne saurait y aller trop prudemment. Rapport à "l'exploitation". Et des fumeries, chacun sait qu'il n'en existe pas plus à Anvers qu'au Havre ou à Toulon. Les matelots d'aujourd'hui s'adonnent à la dentelle au filet.
Il ne me restait donc qu'à reporter mon opium d'où il vient, c'est-à-dire en Chine, à Shanghaï, la ville miracle, un Shanghaï 194... ?, hors du temps, où tout peut arriver ... et c'est cette version - conçue tout à la fois pour l'écran et pour mon plaisir - que vous allez lire (27).
Pas une fois, durant les huit mois que j'y ai consacrés, je n'ai cessé de "penser cinéma", me laissant guider avant tout par l'image - comme certains peintres par leur pinceau - et le rythme secret que j'espérais imprimer au film.
On le verra notamment par le parallélisme du prologue et de la première scène entre lesquels j'aurais voulu intercaler le générique (mais on m'a objecté que le public des "permanents" (28) se demanderait s'il s'agissait du début ou de la fin du film (sic) et que, du reste, cela ne s'était jamais fait), la brève rencontre finale entre l'héroïne et le détective, réduite par coquetterie à cinq phrases (mais on m'a objecté qu'ils en disaient vraiment trop peu) et un épilogue que vous ne verrez pas davantage à l'écran, les Producteurs - se substituant à la fameuse Censure et renchérissant comme il se doit - lui reprochant de faire l'apologie de la fleur noire.
(Je passe sur d'autres menus changements opérés par la dynamique équipe de choc de la dernière heure : Dieu reconnaîtra les siens ...).
Un dernier mot (pour être complet) :
Mon roman, je l'ai dit, parut pour la première fois en 1931 et nous n'étions plus qu'à deux ou trois semaines du tournage quand nous apprîmes, non sans surprise, qu'un M. Claude Orval, auteur dramatique bien connu, après avoir attendu dix-neuf ans pour se manifester, réclamait la paternité du titre, ayant lui-même fait représenter en 1928, sur la scène du Grand-Guignol, un acte ainsi intitulé.
Fâcheux contretemps, d'autant qu'il existe déjà, paraît-il, une Nuit du 12 et une Nuit du 13 ... Je suggérai d'intituler le film (et mon roman) : Mrs. Aboody est sortie ... Sans succès, est-il utile de l'ajouter ?
Je crois pourtant encore que c'eût été le meilleur titre.

"Mais le film ?" me demanderez-vous. "Que pensez-vous du film lui-même ?"
Je vous devais, lecteur, cette ultime confidence (qui, j'espère, n'ira pas plus loin) :
Je l'ai trouvé chinois.




(1) Le dernier des six (1941), de Georges Lacombe (1902/1990), terminé par un autre réalisateur. Henri-Georges Clouzot en assura l'adaptation et les dialogues.
(2) Robert Florey (1900/1979), réalisateur français qui fit une partie de sa carrière à Hollywood.
(3) Peter Lorre (1904/1964), comédien allemand qui fut notamment le tueur d'enfants dans M le maudit de Fritz Lang. Chester Morris, comédien américain (1901/1970). Boris Karloff (1887/1969), acteur qui joua, entre autres, dans la série des Frankenstein.
(4) Columbia, entreprise américaine de cinéma industriel.
(5) Wens, inspecteur qui apparaît dans plusieurs livres de Steeman, et qu'incarne Pierre Fresnay dans Le dernier des six et L'assassin habite au 21.
(6) Suzy Delair (née en 1917), actrice française qui, à l'époque, sauf erreur, était la compagne de Clouzot.
(7) Dans le roman de Steeman, les meurtres sont signés d'un certain Smith; dans le film, d'un certain Durand.
(8) Apparemment, Steeman parle du réalisateur français Claude Vermorel (1909/2001). Nous ne voyons pas à quoi il fait allusion concernant Jeanne d'Arc. Quant à Marcel Rivet, il doit s'agir de l'écrivain et scénariste. Steeman évoque la boxe probablement parce que, en 1949, Rivet signa le scénario de L'homme aux mains d'argile, film rendant hommage au boxeur Marcel Cerdan.
(9) Le texte que nous avons sous les yeux dit bien occulté. Ne serait-ce pas une coquille ? Ne faudrait-il pas lire plutôt occupé, Paris étant alors occupé par les Allemands ? A moins que Steeman n'ait volontairement choisi le premier mot pour suggérer le second.
(10) Maurice Cammage (1882/1946), réalisateur français.
(11) L'un des pires livres de Steeman, totalement stupide.
(12) Wens est un diminutif. En fait, l'inspecteur s'appelle très exactement Wenceslas Vorobeïtchik.
(13) Edgar Wallace (1875/1932), écrivain à succès et réalisateur de films.
(14) Pièges (1939), film français de Robert Siodmak (1900/1973) : l'histoire d'un homme qui tue des jeunes femmes.
(15) Quai des orfèvres (1947), tiré du roman de Steeman Légitime défense, s'en écarte beaucoup.
(16) Suzy Delair incarne une jeune femme qui pense avoir tué un vieux satyre interprété par le comédien Charles Dullin.
(17) La PJ, la police judiciaire.
(18) Henri Storck (1907/1999), cinéaste belge.
(19) Raymond Leboursier (né en 1917), réalisateur français.
(20) Crimes à vendre, encore un livre totalement nul.
(21) Le furet, de Leboursier, d'après Crimes à vendre, date de 1949. Steeman a donc écrit son texte vers 1950.
(22) Le Fouquet's est un célèbre restaurant de l'avenue des Champs-Elysées, à Paris, où se pavanent cinéastes, acteurs et vedettes en tout genre.
(23) Steeman cite diverses personnalités du cinéma. Raymond Bussières (1907/1982), acteur français : dans L'assassin habite au 21, il indique à Wens que le meurtrier doit habiter dans une pension de famille, au 21 de telle rue. A un moment, perché sur un réverbère, il chante J'emmerde les gendarmes.
(24) Germaine Dulac (1882/1942), cinéaste française. Nous ne voyons pas à quel film de Dulac fait référence Steeman.
(25) Carlo Rim (1905/1989), réalisateur français.
(26) Dédée d'Anvers (1948), film du réalisateur Yves Allégret (1907/1987).
(27) Cette version que vous allez lire : cela suggérerait que ce texte était une préface pour La nuit du 12 au 13.
(28) les cinémas permanents, appelés ainsi parce qu'ils étaient ouverts en continu, toute la journée.




Steeman sur internet. Cliquez ICI

pour notre étude sur les rapports entre un film dont Clouzot a signé l'adaptation et Steeman, cliquez ICI


Hédy Sellami, eclairages.com.fr

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Hitchcock à Toulouse



En principe, vers juin 2012, la cinémathèque de la Ville Rose devrait rendre hommage au cinéaste qui nous a laissé notamment Psycho (notre extrait), Vertigo, L'ombre d'un doute, Les oiseaux, Le crime était presque parfait, La maison du docteur Edwardes, Une femme disparaît, Les 39 Marches, Fenêtre sur cour, Jeune et innocent, Les enchaînés et tant d'autres beaux films encore.


2 nouvelles filmographies

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Pour quel cinéma d'avant-garde ?

Ci-dessous : Filmagazine, n°61, vendredi 18 décembre 1942 (collection Hédy Sellami)

Pour quel cinéma d'avant-garde ?


Alors que l'industrie de la pellicule n'en finit plus d'inonder le marché avec ses produits frelatés et ses pseudo-stars démesurément surévaluées, voyons quels espoirs formulait un magazine grand public, il y a exactement 69 ans, et ce qu'il entendait par avant-garde.

On peut consulter le document en pdf en cliquant sur le lien au bas de la page.

Pour quel cinéma d'avant-garde ?

avapdf1.pdf avapdf1.pdf  (1.46 Mo)
avapdf2.pdf avapdf2.pdf  (1.32 Mo)


Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu



Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".





Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.
Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que toujours, parfois. N'écrit-il pas : Le cinéaste semble toujours dubitatif ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce toujours ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le toujours. La formulation même : Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.
Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce toujours, à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.




La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.



L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro



Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
[21 juillet 2005]

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.






Jean Grémillon à Lausanne



Du 6 octobre 2011 à mai 2012, la cinémathèque rend hommage au réalisateur français, qui nous a laissé
notamment Remorques (notre extrait); toujours avec Gabin, Gueule d'amour, tragique histoire d'un spahi amoureux d'une femme entretenue; L'étrange monsieur Victor, ou comment Raimu incarne un personnage double, honnête commerçant pour tous, trafiquant redoutable à ses propres complices; La petite Lise, encore des personnages soumis à un inexorable destin; Gardiens de phare, de la période muette; ou encore Maldone, autre film muet, qui, à bien des égards, fait écho à Remorques.

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