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Extraits à venir sur Eclairages



Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

L'éternel retour, de Cocteau et Delannoy

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Toni à Jane Eyre

De Toni à Jane Eyre


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Nerven; Le golem; des films belges surréalistes; La jeune fille au carton à chapeau; Le cabinet du docteur Caligari; Aelita; des films de Jean Comandon; et Pêcheur d'Islande en ciné-concerts; un festival Marcel Pagnol; une rétrospective consacrée à la Nordisk; ou encore une programmation Irving Thalberg.

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Eclairages, bibliothèque en ligne



Eclairages possède certainement l'une des collections les plus intéressantes pour ce qui concerne le cinéma (1). Certains de nos documents ont près d'un siècle (2). Le plus souvent en bon état, ils peuvent parfois, cependant, être relativement usés. Il est d'autant plus urgent de les préserver, tout du moins d'en garder une trace. Aussi avons-nous décidé de les numériser intégralement. Ils seront publiés progressivement (3).

(1) ce thème n'étant qu'une partie infime de notre caverne d'Ali Baba, laquelle comprend aussi toutes sortes de revues et livres anciens ne portant pas sur le septième art, de même que des tableaux, dessins et gravures.
(2) Au jour où nous écrivons, le plus vieux date de 1912. Nous possédons également des films sur leurs supports d'origine et étudions la possibilité de les mettre en ligne.
(3) Nous n'accepterons pas que l'on nous vole notre travail : toute personne a le droit de citer les articles publiés sur Eclairages, avec le nom de son créateur. Par contre, les gens qui copieront nos études ou reproduiront nos documents seront traînés en correctionnelle.


Le relief en Lumière

Le jeudi 17 décembre 2009, la Cinémathèque française organisait une journée d'études sur le cinéma en relief.

A cette occasion, Eclairages a reproduit un article que CinéFrance avait consacré à ce thème dans son numéro 27.

Lucienne Mornay y interroge un assistant de Louis Lumière. Cet assistant explique le procédé de relief imaginé par l'inventeur du cinéma.

Nous avons reproduit fidèlement l'interview, ajoutant simplement trois notes explicatives.

Nous avions écrit : "Curieusement, le magazine ne porte pas de date. Mais plusieurs éléments donnent à penser qu'il a dû paraître vers 1935/1936." Un internaute nous a signalé que la date figure sur la dernière page : 15 mai 1936. Cet internaute nous rappelle aussi que, dès le 25 février 1935, Lumière présenta à l'Académie des Sciences son procédé inspiré des anaglyphes.




CinéFrance numéro 27 (collection Hédy Sellami)

Le relief en Lumière

Le cinéma en relief va-t-il, à son tour, conquérir le monde ?

Tant de sourires sceptiques accueillirent les premiers balbutiements du "parlant" que les mêmes sourires sceptiques qui naissent sur les lèvres à propos de la nouvelle invention de Louis Lumière ne nous impressionnent plus.

Louis Lumière ... un grand nom qu'il est vain et inutile de parer de qualificatifs plus ou moins pompeux. Un nom immortel ...

Louis Lumière ... un homme doux et rêveur, souriant et ... muet.

Entendez par là que Louis Lumière (1), que j'ai tenté d'interviewer, m'a très gentiment reçue, que son accueil fut charmant, simple, et plein de bonne grâce, mais qu'il s'est absolument refusé à l'interview, dans le sens journalistique du terme ...

Heureusement, Pierre de Cuvier, son assistant, son "metteur en scène", comme il s'intitule modestement, a bien voulu répondre à mes questions ...

- Monsieur, je n'ai pas l'esprit très scientifique, alors je voudrais que vous m'expliquiez le cinéma en relief comme si j'étais un enfant ignorant ...

Pierre de Cuvier sourit, car, vraisemblablement, il n'avait pas l'intention de me bombarder de formules scientifiques ...

- Le principe du film en relief, c'est de donner à l'écran la troisième dimension qui lui manquait, c'est-à-dire : la profondeur.

- L'invention de Louis Lumière est-elle basée sur le même principe que les anaglyphes que nous vîmes il y a quelques années (2) ?

- Exactement, mais avec cette différence qu'on ne pouvait supporter la projection des anaglyphes plus de quelques minutes sans fatigue pour les yeux. Dans le procédé actuel, vous regardez l'écran avec des lunettes dont les verres sont de deux couleurs étudiées au photocolorimètre; l'un, bleu pur, et l'autre, jaune légèrement verdâtre; ceci afin de pouvoir donner un équilibre de la vue aussi parfait que possible.






Le relief en Lumière

- Ces couleurs sont complémentaires, n'est-ce pas (3) ?

- Bien entendu. Elles coupent les rayons du spectre de façon à donner un noir aussi parfait que possible. Le brevet de M. Lumière est basé uniquement sur ces deux couleurs.

- C'est-à-dire que deux autres couleurs complémentaires ne donneraient pas le même résultat ?

- Non. Celles-ci seules produisent un équilibre parfait de la vue. Il y a un principe qu'il ne faut pas oublier pour le relief : chaque oeil doit recevoir l'image qui lui est destinée. Essayez de fermer un de vos yeux : vous n'aurez plus la sensation du relief dans l'espace ... Partant de ce principe, M. Lumière a imaginé de photographier avec des objectifs comprenant l'écartement de soixante-six millimètres qui correspond à l'écartement des yeux. Il a dissocié les images grâce à deux couleurs complémentaires en réservant à chaque oeil l'image qui lui est destinée.

- Si je comprends bien, l'appareil de prises de vue est à double objectif ?

- Oui : deux objectifs enregistrent les images de façon qu'elles soient placées l'une au-dessus de l'autre, et divisent le champ habituellement affecté à l'image en deux parties égales.

- Et l'appareil de projection ?

- C'est un appareil à double objectif également, qui superpose les images. Naturellement, le défilement se fait horizontalement.

- Vous voulez dire que, au lieu d'être projetée de haut en bas, la pellicule est projetée de gauche à droite ?

- Exactement.

- Y a-t-il, actuellement, d'autres procédés de cinéma en relief ?

- M. Lumière en a expérimenté un autre, basé sur un système d'obturation binoculaire : un petit obturateur passe devant chaque oeil alternativement, suivant une cadence très rapide. Le phénomène de la persistance rétinienne produit alors l'impression de relief. Mais ce système est à peu près inapplicable pratiquement, car chaque spectateur devrait avoir un petit moteur pour actionner l'obturateur ... Il existe aussi un système américain inventé par M. Land, et basé sur le procédé de la lumière polarisée, qui serait trop long à vous expliquer. Cela pourrait donner de bons résultats à condition que les spectateurs fussent exactement dans l'axe de la projection. Une salle de cinéma ressemblerait alors à un long couloir étroit ...









Le relief en Lumière

- Et le système américain qu'on expérimente actuellement dans une autre grande salle parisienne ?

Pierre de Cuvier sourit :
- Je ne voudrais pas avoir l'air de dénigrer systématiquement les inventions américaines, mais ce procédé est exactement basé sur le vieux système d'anaglyphes en rouge et vert, deux couleurs complémentaires qui se dissocient avec une extrême facilité.

- Qui inventa les anaglyphes ?

- Je vais peut-être vous étonner en vous disant que c'est d'Almeida, en 1852, qui les utilisa pour obtenir le relief dans la projection photographique.

- Que produit-il si l'on intervertit les couleurs ? Je veux dire si l'on met devant l'oeil droit le verre destiné à l'oeil gauche, et vice-versa ?

- Au lieu de voir en relief, on voit en creux, exactement comme si vous regardiez un moule au lieu de regarder une statue. C'est le phénomène de la pseudoscopie.

- Les lunettes seront-elles toujours obligatoires pour le spectateur ?

- Absolument. Mais aucune fatigue n'en résultera, car les limites d'absorption spectrale sont déterminées de telle manière que les deux yeux reçoivent exactement la même quantité d'énergie lumineuse. De plus, il a été vérifié par les autorités médicales que les verres des lunettes arrêtent les rayons ultra-violets, ce qui constitue pour la vue un repos, et non une fatigue.

J'ai remercié Pierre de Cuvier, et je tiens à lui exprimer encore ici ma gratitude pour la clarté et la précision de ses explications, et la bonne grâce de son accueil.




(1) Louis Lumière (1864/1948), considéré comme le principal inventeur du cinéma, avec son frère Auguste (1862/1954).

(2) Les anaglyphes sont des images en relief. Louis Lumière adapta ce procédé au cinématographe vers 1935.

(3) Une couleur est appelée complémentaire lorsque son mélange avec une couleur primaire donne le blanc. Par exemple, le jaune est complémentaire de la couleur primaire qu'est le bleu : jaune + bleu = blanc.
Les trois couleurs complémentaires sont : le jaune pour le bleu; le turquoise (appelé aussi "cyan") pour le rouge; le pourpre pour le vert.
Les trois couleurs primaires sont le bleu, le vert et le rouge. Elles sont dites primaires parce que, mélangées selon des proportions variées, elles pemettent d'obtenir toutes les autres couleurs.



Hédy Sellami, eclairages.eu

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Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.














Hitchcock à Toulouse



En principe, vers juin 2012, la cinémathèque de la Ville Rose devrait rendre hommage au cinéaste qui nous a laissé notamment Psycho (notre extrait), Vertigo, L'ombre d'un doute, Les oiseaux, Le crime était presque parfait, La maison du docteur Edwardes, Une femme disparaît, Les 39 Marches, Fenêtre sur cour, Jeune et innocent, Les enchaînés et tant d'autres beaux films encore.


2 nouvelles filmographies

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Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu



Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".





Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.
Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que toujours, parfois. N'écrit-il pas : Le cinéaste semble toujours dubitatif ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce toujours ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le toujours. La formulation même : Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.
Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce toujours, à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.




La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.



L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro



Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
[21 juillet 2005]

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.






Jean Grémillon à Lausanne



Du 6 octobre 2011 à mai 2012, la cinémathèque rend hommage au réalisateur français, qui nous a laissé
notamment Remorques (notre extrait); toujours avec Gabin, Gueule d'amour, tragique histoire d'un spahi amoureux d'une femme entretenue; L'étrange monsieur Victor, ou comment Raimu incarne un personnage double, honnête commerçant pour tous, trafiquant redoutable à ses propres complices; La petite Lise, encore des personnages soumis à un inexorable destin; Gardiens de phare, de la période muette; ou encore Maldone, autre film muet, qui, à bien des égards, fait écho à Remorques.

Pour l'ensemble des projections, cliquez ICI