Hédy Sellami présente

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Extraits à venir sur Eclairages



Parmi les films dont nous mettrons des séquences en ligne prochainement :

L'éternel retour, de Cocteau et Delannoy

Les mondes futurs, sur un scénario de HG Wells

Coeurs en lutte, de Fritz Lang

Le village du péché, d'Iwan Prawow et Olga Preobrashenskaja

Othello, d'Orson Welles

Le chevalier à la rose, de Robert Wiene

The dragon painter, avec Sessue Hayakawa






De Toni à Jane Eyre

De Toni à Jane Eyre


Eclairages vous propose une sélection de séances, avec aussi Nerven; Le golem; des films belges surréalistes; La jeune fille au carton à chapeau; Le cabinet du docteur Caligari; Aelita; des films de Jean Comandon; et Pêcheur d'Islande en ciné-concerts; un festival Marcel Pagnol; une rétrospective consacrée à la Nordisk; ou encore une programmation Irving Thalberg.

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Eclairages, bibliothèque en ligne



Eclairages possède certainement l'une des collections les plus intéressantes pour ce qui concerne le cinéma (1). Certains de nos documents ont près d'un siècle (2). Le plus souvent en bon état, ils peuvent parfois, cependant, être relativement usés. Il est d'autant plus urgent de les préserver, tout du moins d'en garder une trace. Aussi avons-nous décidé de les numériser intégralement. Ils seront publiés progressivement (3).

(1) ce thème n'étant qu'une partie infime de notre caverne d'Ali Baba, laquelle comprend aussi toutes sortes de revues et livres anciens ne portant pas sur le septième art, de même que des tableaux, dessins et gravures.
(2) Au jour où nous écrivons, le plus vieux date de 1912. Nous possédons également des films sur leurs supports d'origine et étudions la possibilité de les mettre en ligne.
(3) Nous n'accepterons pas que l'on nous vole notre travail : toute personne a le droit de citer les articles publiés sur Eclairages, avec le nom de son créateur. Par contre, les gens qui copieront nos études ou reproduiront nos documents seront traînés en correctionnelle.


David Golder, alias Madeleine, alias Beethoven, alias Harry Baur

Harry Baur est né à Paris le 12 avril 1880.
Il effectue une partie de ses études à Saint-Nazaire. Puis, il entre au Conservatoire d'Art Dramatique de Marseille. Il en sort avec un Premier prix de comédie et un Deuxième prix de tragédie.
Après son service militaire, il se rend à Paris. Il y est recalé à l'examen d'entrée au Conservatoire d'art dramatique. Alors, il prend des cours.
Il est, un temps, secrétaire de Mounet-Sully (1841/1916), comédien du Théâtre-Français (c'est-à-dire la Comédie Française).
Il aurait décroché son premier engagement pour "Le filleul du 31", à la Comédie-Mondaine. L'année suivante, il est pris comme pensionnaire aux Fantaisies parisiennes. Puis, il va au Grand-Guignol. Ses vrais débuts, il les aurait obtenus dans une pièce en un acte de Courteline, "L'affaire Pacuit". Après un passage au Théâtre du Palais Royal, Firmin Gémier (1869/1933) l'engage au Théâtre Antoine, en 1907. C'est surtout à partir de 1908 que sa carrière théâtrale est lancée.
Dès l'année suivante - en 1909 -, il apparaît à l'écran, pour la SCAGL (Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres).
Entre 1909 et 1914, il joue dans plus de trente bandes muettes (la plupart, très courtes).
La Première guerre mondiale survient : il part au combat; mais, malade, il est démobilisé. Il reprend le théâtre.
Entre 1914 et 1918, il tourne moins de 10 films.
De 1919 à 1930, un seul film, en 1923.
Cependant, son activité théâtrale est intense. Il s'agit surtout de boulevard.
Pendant l'Occupation, il devient l'un des pivots de la politique que met en oeuvre la compagnie cinématographique Continental, contrôlée par les Allemands. Il tient l'un des rôles principaux dans "L'assassinat du Père-Noël", de Christian-Jaque, premier film produit par cette firme. Juste après, il est le premier acteur français à tourner pour cette société en Allemagne même. Toutefois, pour des raisons obscures, il est finalement arrêté par les Allemands à Paris. Il reste plusieurs mois en prison.
Il meurt le 8 avril 1943.
A noter qu'Harry Baur a été un temps président de l'Union des Artistes.





Question 1

L'acteur Harry Baur (1880/1943)
Son vrai nom était Harry Baur, tout simplement : cliquez ICI

Son vrai nom était Henri-Marie Baur : cliquez ICI






Question 2

Harry Baur était un enfant de la balle, car ses parents eux-mêmes étaient comédiens de théâtre : cliquez ICI

Ni son père, horloger-bijoutier, ni sa mère n'appartenaient au milieu du spectacle : cliquez ICI


Question 3

Lorsque le cinéma fit appel à lui, il s'y consacra presque exclusivement, délaissant le théâtre, discipline qu'il n'avait jamais vraiment appréciée : cliquez ICI

Il mena de front cinéma et théâtre : cliquez ICI

Question 4

Harry Baur apparaît pour la première fois au cinéma comme figurant dans une bande de Louis Feuillade : cliquez
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Son premier rôle serait celui de Vidocq, dans L'évasion de Vidocq, du réalisateur Georges Denola : cliquez ICI

Question 5

Une affiche du beau film de Julien Duvivier, David Golder, avec Harry Baur dans le rôle titre
Son premier film parlant est la version française du Cap perdu, d'E.A. Dupont, en 1930 : cliquez ICI

Son premier film parlant est David Golder, de Julien Duvivier, en 1930 : cliquez
ICI

Question 6

Affiche du film d'Abel Gance, Un grand amour de Beethoven, dans lequel Baur incarne le grand musicien
C'est en 1915 que Harry Baur apparaît pour la première fois dans un film d'Abel Gance, Strass et compagnie : cliquez ICI

C'est en 1937 que Harry Baur apparaît, pour l'unique fois de sa carrière, dans un film d'Abel Gance, Un grand amour de Beethoven : cliquez ICI





Question 7

Harry Baur avait pour principe de ne jamais interpréter à l'écran un rôle déjà tenu au théâtre, et vice-versa : cliquez ICI

Harry Baur a incarné certains personnages tant au théâtre qu'au cinéma : cliquez ICI

Question 8

Harry Baur n'a jamais réalisé le moindre film ni signé la moindre mise en scène de théâtre : cliquez ICI

Harry Baur s'est parfois essayé à la mise en scène de théâtre : cliquez ICI

Question 9

Marius, d'après Marcel Pagnol, avec notamment Orane Demazis (1894/1991)
A l'origine, c'est Harry Baur, et non Raimu, qui devait incarner à l'écran César, le personnage de la trilogie pagnolesque Marius/Fanny/César. D'autant que c'était Baur qui tenait le rôle au théâtre : cliquez ICI

Pour ce personnage de César, Raimu et Baur étaient en concurrence. Et l'on choisit finalement Raimu. Du reste, Raimu avait d'abord tenu le rôle au théâtre. Mais, ensuite, il fut remplacé par Baur pour les représentations de Fanny au Théâtre de Paris, en 1931 : cliquez ICI


Question 10

Harry Baur est le partenaire de Raimu dans le film L'école des cocottes, réalisé en 1935 par Pierre Colombier : cliquez ICI

Harry Baur et Raimu jouaient tous les deux dans la pièce L'école des cocottes, de Paul Armont et Marcel Gerbidon, au théâtre Michel en 1918 : cliquez ICI

Question 11

Les nuits moscovites, dont il existe une version française et une version anglaise
Dans le remake anglais des Nuits moscovites, d'Alexis Granowsky, remake réalisé par Anthony Asquith, Harry Baur joue le rôle d'un émigré français et ne parle qu'en français : cliquez ICI

Dans ce remake, Harry Baur reprend le rôle qu'il tenait dans le film d'Alexis Granowsky; mais, bien évidemment, il parle en anglais : cliquez ICI

Question 12

Carnet de bal (1937), de Julien Duvivier, considéré comme le premier vrai film à sketches
Dans Carnet de bal, de Julien Duvivier, Harry Baur incarne un avocat déchu qui s'est mis au service des truands : cliquez ICI

Dans Carnet de bal, de Julien Duvivier, Harry Baur est un ancien musicien qui s'est fait ecclésiastique : cliquez ICI

Question 13

Les Misérables, de Raymond Bernard, qui était le fils de Tristan Bernard
Dans Les misérables (1934), de Raymond Bernard (1891/1977), Baur est :

le policier Javert : cliquez
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Jean Valjean : cliquez
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Question 14

Golgotha, de Julien Duvivier, avec aussi Robert Le Vigan
Dans Golgotha (1935) de Julien Duvivier, Harry Baur est :

Ponce Pilate : cliquez
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Hérode : cliquez
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Question 15

L'homme du Niger, de Jacques de Baroncelli (1881/1951)
Dans L'homme du Niger (1939) de Jacques de Baroncelli (1881/1951), Harry Baur est :

le commandant Bréval, qui veut construire un barrage sur le fleuve Niger : cliquez
ICI

le docteur Bourdet, ami de Bréval : cliquez
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Sources :

Nos sources principales ont été :

Harry Baur, par Hervé Le Boterf

certains des films eux-mêmes


Pour la filmographie de Harry Baur, cliquez
ICI

Hédy Sellami, eclairages.com.fr

acteurs et actrices | compositeurs et compositrices de musiques | producteurs, productrices, compagnies, studios | réalisateurs et réalisatrices | techniciens et techniciennes | théoriciens (ennes), historiens (ennes) du cinéma | Scénaristes et dialoguistes

Plus de 1 400 liens cinéma !

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Eclairages est, à notre connaissance, le seul support à répertorier un aussi grand nombre de sites consacrés au septième art, qui plus est classés par thèmes, continents, pays, ordre alphabétique.














Hitchcock à Toulouse



En principe, vers juin 2012, la cinémathèque de la Ville Rose devrait rendre hommage au cinéaste qui nous a laissé notamment Psycho (notre extrait), Vertigo, L'ombre d'un doute, Les oiseaux, Le crime était presque parfait, La maison du docteur Edwardes, Une femme disparaît, Les 39 Marches, Fenêtre sur cour, Jeune et innocent, Les enchaînés et tant d'autres beaux films encore.


2 nouvelles filmographies

2 nouvelles filmographies



Quand un critique parle d'un film qu'il n'a pas vu



Un journaliste qui, dans un "grand" support de presse, prétend analyser l'oeuvre d'Ozu, alors qu'un élément prouve, de façon incontestable, qu'il n'a pas vu le film dont il parle ? Eh oui ! Malheureusement, c'est possible ! Démonstration, avec preuve à l'appui.


Afin que personne ne crie à la citation tronquée et pour que le lecteur puisse juger sur pièce, nous reproduisons intégralement, en annexe, un article daté du 21/7/2005 et inséré dans la rubrique Culture et spectacles du Figaro, sous le titre Ozu, la compassion contre le moralisme.

L'auteur, un certain Bertrand Dicale, écrit avec emphase : "Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis".





Un journaliste au-dessus de tout soupçon


A lire ce paragraphe, les âmes candides ne peuvent douter que notre éminent spécialiste ait vu les oeuvres d'Ozu, singulièrement celles qu'il cite. Le contraire serait totalement incompatible avec son article.

Et puis, tout de même, ce monsieur est titulaire de la carte de presse !
Il a également publié au moins un livre; pas sur le cinéma, certes, mais sur madame Juliette Gréco. Car il serait l'un des meilleurs connaisseurs de la chanson française, si l'on se fie à sa réputation officielle. C'est donc, en principe, un esprit brillant, qui peut s'appliquer à différents domaines. Pensez ! Spécialiste et d'Ozu et de Juliette Gréco et de la chanson variété.
Avec cela, critique exigeant, selon ce que clame le site internet de la SACEM (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Enfin, pour ne rien gâcher, il serait rédacteur en chef adjoint des pages spectacles du Figaro, l'un des plus grands journaux dont puisse s'enorgueillir l'inattaquable grande presse française, dont l'unique souci est de suer sang et eau pour remplir son sacro-saint devoir d'information, en toute indépendance et en toute honnêteté.
Comment un tel homme, investi d'une telle mission, pourrait-il n'être qu'un charlatan, un bonimenteur de foire entortillant le badaud à coups de grandes phrases pompeuses, un tartufe qui, la main sur le coeur, prend allègrement pour des imbéciles les innocents qui ont l'honneur de lui prêter l'oreille ?





L'impossible imposture


Bien sûr qu'il connaît les films d'Ozu, et tous ! La preuve : il accumule les adverbes de temps tels que toujours, parfois. N'écrit-il pas : Le cinéaste semble toujours dubitatif ? Et ne mentionne-t-il pas alors trois oeuvres qui corroborent ce toujours ? C'est donc qu'il les a vues, ces trois oeuvres ! Et que les trois confirment le toujours. La formulation même : Que l'héroïne ... que le jeune professeur ... que le héros adultère ..., Ozu conserve une distance etc, cette formulation implique nécessairement que pas un de ces films n'infirme la règle; règle que notre subtil exégète ne peut avoir dégagée qu'après avoir visionné les films eux-mêmes, et particulièrement ces trois-là, puisqu'il les a retenus comme emblématiques.
Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance etc : encore une fois, comment pourrait-il conclure cela, comment oserait-il user de ce toujours, à partir des trois opus qu'il a choisi de citer, s'il ne les connaissait pas ? De telles phrases impliquent nécessairement que monsieur Dicale soit familiarisé avec les oeuvres qu'il évoque. S'il ne l'était pas, non seulement ces phrases n'auraient aucune valeur; mais elles relèveraient de l'imposture pure et simple.




La preuve du délit


Malheureusement pour monsieur Bertrand Dicale, l'héroïne d'Une femme de Tokyo ne se prostitue pas pour payer les études de son fiancé; elle finance les études de son frère. Et aucune des personnes qui ont vu cette bande, ne peut s'y méprendre : car, que les deux personnages soient frère et soeur, est répété maintes fois au cours du film; et toute l'histoire met clairement en scène cette parenté; laquelle, à aucun moment, ne peut être confondue avec une relation fiancée/fiancé. Donc, qui a vu le film, sait obligatoirement que le garçon est le frère; cela ne peut pas échapper au spectateur, qui ne peut pas non plus l'oublier.

Par contre, l'énorme erreur de monsieur Dicale s'élucide si l'on songe qu'elle figure dans les documents promotionnels qui accompagnent la sortie de l'oeuvre. Ainsi, par exemple, à l'entrée du Champo - salle qui programme Ozu - une feuille mise à disposition du public, annonce ceci : "Une jeune femme se prostitue pour payer les études de son fiancé". C'est presque exactement la phrase que l'on peut lire dans l'article de monsieur Dicale, où jeune femme est juste remplacé par héroïne ... Ce que c'est qu'un critique exigeant ...

Pas de veine, tout de même, ce monsieur Dicale. Il a trouvé le moyen d'étayer sa démonstration précisément avec le film qu'il ne fallait pas * ! On serait tenté d'accuser la maladresse, s'il ne fallait plutôt invoquer la malchance : car, pour être maladroit, il eût fallu que monsieur Dicale sût que les prospectus se trompaient dans leur résumé d' Une femme de Tokyo; et, pour le savoir, il eût fallu voir le film.

Au surplus, il n'est même pas certain que l'héroïne se prostitue, comme l'affirment les documents promotionnels et, à leur suite, monsieur Dicale. Certes, la demoiselle travaille dans un bar; certes, à un moment, elle monte dans une voiture avec un client du bar; mais, cela signifie-t-il vraiment qu'elle vende son corps ? On pourrait d'autant plus en douter que, selon les intertitres français, elle reproche à son frère de prendre trop au tragique le métier qu'elle exerce. Pourrait-elle considérer qu'un frère prenne trop au tragique la prostitution de sa soeur ? C'est peu vraisemblable. Le reproche qu'elle adresse à son frère, s'expliquerait mieux si elle n'était que vaguement hôtesse sans aller jusqu'à la prostitution.
Mais, ce sont là questions de détail que seul peut se poser un maniaque comme nous, qui poussons l'obsession jusqu'à aller voir les films avant d'en parler, et jusqu'à tenter de les comprendre. Un grand critique de la grande presse ne descend pas à de telles futilités : quand on a la science infuse, on connaît à fond son cinéaste, avec une certitude infaillible et comme innée qui dispense d'en fréquenter les oeuvres ...


* PS ajouté le 2/9/2008 : inutile de le préciser : rien ne prouve que monsieur Dicale connaisse davantage les autres films d'Ozu dont il parle.

Notre édito a été mis en ligne en 2005 à l'occasion d'un cycle Ozu au cinéma Le Champo, à Paris. Nous ignorons si le grand critique nommé Dicale est toujours au Figaro.



L'article de monsieur Dicale dans Le Figaro



Ozu, la compassion contre le moralisme
Bertrand Dicale
[21 juillet 2005]

Le Japon ? Il n'y a pas que ça dans les films d'Ozu. Avec ses intérieurs de bambou et de papier huilé, ses repas aux rites discrets mais inflexibles, ses gestes si facilement énigmatiques, on pourrait les regarder comme des documents bruts, comme une plongée objective dans une réalité sociale et culturelle. D'ailleurs, les personnages ne semblent parfois animés que par un surmoi impérieux, par des conventions et des sacrifices qui font s'effacer tout ce que nous appelons, dans notre Europe, le coeur et même l'âme.

Mais il y a autre chose que le Japon, sa morale et ses normes, même dans Il était un père, film des années 40 inédit en France et présenté pour la première fois cet été, autre chose encore dans chacun des 14 longs-métrages classiques de la rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui. Cet autre chose, c'est l'intimité, la familiarité de Yasujiro Ozu avec le drame. Sa génération de Japonais a connu des cataclysmes historiques (sa carrière sera interrompue par plusieurs années à l'armée, jusqu'en 1941, alors que son pays plonge dans une guerre suicidaire), mais ils apparaissent à peine dans ses films.

Ce qui l'intéresse, ce sont les plus intimes, les plus douces, les mieux intentionnées des injustices – celles de la famille, celles de la vertu. Il n'est qu'à observer le regard tendre mais un peu sec de son acteur fétiche, Chishu Ryu, lorsque, dans Il était un père, il refuse avec la plus vive énergie que son fils quitte son poste de professeur dans une petite ville de province pour venir vivre avec lui à Tokyo. Veuf, il est séparé de son fils unique depuis les années de collège de celui-ci, mais peu importe : chacun doit accomplir son devoir, à sa place et dans sa position, malgré l'amour, malgré le manque, malgré l'élan toujours sensible de la liberté. Il est écrit que ce père et ce fils doivent vivre loin de l'autre, avec seulement des souvenirs et des attentions lointaines, et il n'est pas question qu'ils échappent, l'un comme l'autre, à ce devoir-là.

Ce regard de Chishu Ryu dans cette scène d'Il était un père, droit mais sans colère, on le retrouve dans les remontrances finalement indulgentes du vieux père à ses très jeunes enfants dans Bonjour (1959), dans les réflexions du conservateur un peu perdu devant la jeunesse dans Eté précoce (1951)... Une colère éternellement d'un autre temps, mélange d'étonnement et de rigueur, de bienveillance et de moralisme. Les exégètes voient en Chishu Ryu plus qu'un porte-parole d'Ozu dans ses films : il est une manière de porte-âme, un double sans masque. Et c'est lui qui, à l'écran, apparaît à la fois comme un gardien de l'ordre et un coeur doux, comme un pater familias roide dans ses certitudes et un homme toujours un peu perdu devant la vie. Alcoolique infiniment digne dans Le Goût du saké (1962), homme mûr perdu dans les liens emmêlés de sa vie dans Crépuscule à Tokyo (1957), Chishu Ryu ressemble à Yasujiro Ozu, le fils jamais marié qui sera anéanti par la mort de sa mère.

La rétrospective présentée à partir d'aujourd'hui traverse l'oeuvre d'Ozu à travers le prisme des conflits intérieurs, des cas de conscience, des hésitations morales. Et, si les personnages tranchent parfois avec sévérité, ou avec la satisfaction des évidences, ou avec les apparences de la raison, le cinéaste semble toujours dubitatif. Que l'héroïne d'Une femme de Tokyo (1932, muet) se prostitue pour payer les études de son fiancé, que le jeune professeur d'Il était un père (1942) accomplisse avec docilité le désir posthume de son père, que le héros adultère de Printemps précoce (1956) retourne aux voies sages du mariage, Ozu conserve une distance, un doute, une compassion qui détourne de toute intention fabuliste. Il n'y a pas de morale à ses films, mais toujours une connaissance et un amour de l'homme également infinis. Beaucoup plus loin que le Japon, il montre l'humain.






Jean Grémillon à Lausanne



Du 6 octobre 2011 à mai 2012, la cinémathèque rend hommage au réalisateur français, qui nous a laissé
notamment Remorques (notre extrait); toujours avec Gabin, Gueule d'amour, tragique histoire d'un spahi amoureux d'une femme entretenue; L'étrange monsieur Victor, ou comment Raimu incarne un personnage double, honnête commerçant pour tous, trafiquant redoutable à ses propres complices; La petite Lise, encore des personnages soumis à un inexorable destin; Gardiens de phare, de la période muette; ou encore Maldone, autre film muet, qui, à bien des égards, fait écho à Remorques.

Pour l'ensemble des projections, cliquez ICI